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Vivre heureuse sans enfant

Publié le 09.12.2020 à 16h46 
(mis à jour le 09.12.2020 à 17h16)

Le docteur Edith Vallée, psychologue, étudie depuis des années la non-maternité et le non-désir d’enfant. Pour LMDM elle revient sur ces questions, trop souvent tabous.

LMDM - Quel est le regard de la société sur les femmes sans enfant aujourd’hui ?

Edith Vallée - Il n’est pas uniforme. Avant il y avait une grande suspicion envers les femmes qui n’avaient pas d’enfants : Étaient-elles épanouies ? S’étaient-elles réalisées ? Cela a tout de même beaucoup évolué depuis quelques années, mais c’est récent. Aujourd’hui il y a un regard de solidarité entre les femmes alors qu’avant certaines étaient rejetantes. J’ai tout de même vu des femmes parler de femmes qui ne voulaient pas d’enfant comme de potentielles infanticides. C’est horrible.

Comment a évolué le schéma patriarcal ?

Je dirais qu’avec l’arrivée de la pilule et des années 70, le choix de non-maternité a été enfin possible, les femmes ont pu contrer la pression qui reposait sur leurs épaules quant à la maternité.

Que pourrions-nous répondre à ceux qui pensent qu’une femme ne peut pas s’accomplir autrement que dans la maternité ?

Qu’ils se trompent ! Comme s’il n’y avait qu’une seule façon de se réaliser. Aucun être humain n’est semblable à un autre. Être à l’écoute de sa propre promesse, si on sait la nourrir et arroser la graine avec des événements qui se passent dans la vie, cette promesse devient une fleur.

Quelle est la clé pour s’accomplir lorsqu’on voulait des enfants et que la vie fait qu’on n’en a pas eus ?

C’est d’avoir un bon équilibre affectif autour de soi. Il n’y a pas d’âge pour commencer à être heureuse et heureux alors qu’il y a un âge qui détermine l’arrêt de la maternité.

En profondeur, il y a une promesse qu’on se fait à chacun : c’est se réaliser soi-même. Et cette promesse peut passer par la maternité je le reconnais. Et parfois ça ne se fait pas. Mais heureusement notre promesse est plastique, c’est-à-dire qu’elle s’adapte au monde et à ce que l’on vit. 

Peut-on ressentir des regrets, des remords même si ne pas avoir eu d’enfant est un choix ?

J’ai observé 2 types de nostalgie que la non-maternité peut porter :

  • Tout d’abord quand on approche la cinquantaine qui est l’âge où l’on se rend compte que quelque chose va se dissoudre, où l’on touche du doigt ce  « qu’on perd » physiquement notamment. C’est une vraie période charnière où ne pas avoir eu d’enfant est finalement le support de cette nostalgie.
  • La nostalgie s’exprime aussi par rapport à un non-accompagnement « momentané » de la vie affective. Quand on n’a pas construit de relation, on met en cause l’enfant que l’on n’a pas eu. Mais encore une fois je le répète, il n’est jamais trop tard pour être heureuse !

L’instinct maternel et l’horloge biologique ne sont donc pas des règles  ?

Non, l’instinct maternel ne concerne pas tout le monde, certaines femmes sont attirées par autre chose selon leur culture, leur sentiment de liberté, leur énergie et ce sont là tous les fondements de la réalisation de soi.

La rédaction de La Maison des Maternelles