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Violences conjugales chez les jeunes : 90% des 12-24 ans seraient concernées

Publié le 14.12.2021 à 10h06 
(mis à jour lundi dernier à 14h42)

Dans une enquête, 9 jeunes femmes -entre 12 et 24 ans- sur 10 attestent avoir déjà subi des violences conjugales.

Un sujet top peu abordé

Le sondage, réalisé par Les Petites Glo, newsletter féministe destinée aux adolescentes, et En avant toute(s), association qui lutte pour l’égalité des genres et la fin des violences, ouvre le débat sur un sujet trop peu abordé en France : les violences conjugales chez les jeunes couples. 3127 personnes entre 12 et 24 ans ont répondu au questionnaire. Chloé Thibaud, rédactrice en chef de la la newsletter Les Petites Glo, explique :

« Lorsqu’on entend parler des violences conjugales, on s’imagine souvent une femme d’une quarantaine d’années avec un œil au beurre au noir ou des bleus sur les bras. C’est de ce constat qu’est née l’envie de réaliser cette enquête. Si l’on veut voir réduit au minimum (zéro) le nombre des féminicides chaque année, il faut apprendre aux plus jeunes à identifier ce qu’est une relation saine. Généralement, les ados ne se sentent pas concerné·e·s par les violences conjugales car on les résume à de la violence physique et que la société a tendance à romantiser les relations « passionnelles », par exemple en faisant de la jalousie une preuve d’amour. Mais une insulte, c’est déjà de la violence. Un·e partenaire qui casse des objets aussi, même s’il ou elle ne nous les lance pas directement au visage. Les résultats du sondage parlent d’eux-mêmes, malheureusement, et ces chiffres doivent plus que jamais nous alerter et nous donner envie d’agir. »

Des violences quasi-automatiques

Le rapport précise que « 90,3% des personnes s'identifiant comme femmes et ayant déjà été en couple ont répondu « oui » à au moins une question sur l'expérience des violences conjugales. Qu’il s’agisse d’insultes (47%) ou encore de phrases rabaissantes (46%), les violences conjugales sont bien présentes dès l’adolescence. »

Ces violences sont bien souvent banalisées chez les jeunes. Autre fait inquiétant, les filles sont 59% -soit plus d’une fille sur 2- à s’être sentie obligées d’avoir une relation sexuelle ou d’effectuer certaines pratiques par peur que leur partenaire les quitte, ou qu’il ne les aime plus.

Le silence

La pression ressentie au sein du couple est telle que seulement 62% des personnes interrogées ayant subi des violences en ont parlé à quelqu’un, le plus souvent à une personne de leur cercle amical. Ainsi, 38% des personnes interrogées ont gardé le silence.

Les causes principales de ce mutisme sont l’envie d’oublier l’événement (42,9%) ou encore ne pas savoir à qui s’adresser (16,3%). Pour 28,4% d’entre elles, c’est la peur des conséquences qui les pousse à garder le secret. Et pour cause, plus de 3 femmes hétérosexuelles sur 10 affirment avoir déjà eu peur de leur partenaire (37%). Chez les femmes s’identifiant comme bisexuelles et pansexuelles, ce chiffre monte à 43% contre 21% des femmes s’identifiant comme homosexuelles. Louise Delavier, responsable des programmes d’En avant toute(s), précise :

« À l'association En avant toute(s), qui accompagne les jeunes à travers son tchat Commentonsaime.fr, il n'y a pas un jour sans qu'une jeune femme ne vienne nous voir sans se sentir illégitime. Elles nous disent des choses comme « Je ne sais pas si on peut parler de violences, je ne suis pas une femme battue » ou « Je suis jeune, est-ce que moi aussi, je peux subir des violences conjugales ? » À chaque fois, elles nous décrivent pourtant des faits extrêmement graves, qui relèvent du pénal. Les violences au sein du couple chez les jeunes sont très répandues, mais encore sous-évaluées et peu questionnées dans la société. Il y a aussi très peu d'espaces de parole dédiés et adaptés au public adolescent. C'est aussi pour cela que nous avons décidé de proposer ce sondage, et que nous menons au quotidien des actions ciblées. »

La rédaction de La Maison des Maternelles