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Une étude dénonce « trop de substances problématiques » dans les cosmétiques

6 min de lecture
Publié lundi dernier à 15h34 
(mis à jour mercredi dernier à 11h53)

L’étude pointe que 80% des produits analysés contiennent « au moins un ingrédient très préoccupant » : l’association recommande de ne pas les utiliser pendant la grossesse.

Elisabeth Ruffinengo est responsable plaidoyer santé-environnement WECF, une organisation non gouvernementale dont le but est de parvenir à un environnement sain, équitable et durable pour tous. Elisabeth Ruffinengo a mené une enquête sur les produits cosmétiques féminins, dans lesquels on trouve encore trop de substances dites problématiques. 47 produits ont été analysés par les scientifiques : 17 BB crèmes, 15 anticernes et 15 mascaras. Et les résultats sont inquiétants :

« On trouve dans ces produits des perturbateurs endocriniens, dont en particulier 7 qui sont problématiques. On trouve des allergènes, d’autres substances qui ont des effets sur l’environnement. Tout ça fait un cocktail qui est problématique et qu’il faudrait éviter. »

Perturbateurs endocriniens & grossesse 

On en entend beaucoup parler depuis de nombreuses années, et pour cause : les perturbateurs endocriniens seraient responsables de nombreuses pathologies. Elisabeth Ruffinengo précise :

« Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui ont des effets sur le système hormonal. Ils vont interagir et créer des déséquilibres potentiellement mis en cause dans des pathologies au niveau de la reproduction, au niveau des maladies métaboliques comme le diabète, l’obésité. Ils peuvent avoir aussi d’autres effets sur la santé, c’est très large. Il y a des substances qui pendant la grossesse sont problématiques, car elles peuvent avoir des impacts sur l’enfant à naître. »

Il est donc conseillé d’éviter, dans la mesure du possible, l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant certaines périodes de la vie, notamment pendant la grossesse, explique Elisabeth Ruffinengo :

« La grossesse est connue pour être une des périodes les plus sensibles, il y a une vie en formation. Il peut y avoir des conséquences potentielles. »

Mais alors, peut-on continuer de se maquiller enceinte ? Cela reste un choix personnel, précise Elisabeth Ruffinengo, qui souhaite cependant alerter sur la dangerosité de certaines substances :

« On n’est pas là pour faire des prescriptions, mais plutôt pour lancer des alertes. Le maquille reste un choix personnel. On estime cependant que pendant la grossesse il faut prendre plus de précaution. »

Alerte sur les BB crèmes

L’étude identifie 37 substances problématiques dans les 47 produits analysés : 13 "très préoccupantes", 9 "préoccupantes" et 15 "assez préoccupantes."

Sur les 17 BB crèmes examinées, 6 contiennent au moins 10 substances problématiques, le record étant de 13 substances problématiques pour une référence. 10 BB crèmes contiennent au moins 5 substances très préoccupantes ou préoccupantes. Sur les 15 anticernes de l’enquête, 5 contiennent au moins 5 substances problématiques. La famille des mascaras est celle qui contient le moins de substances problématiques, puisqu’aucun des 15 mascaras de l’enquête ne contient plus de 4 substances problématiques. 

Comprendre l’étiquetage 

Mais comment comprendre les étiquettes sur les produits ? En effet, il peut être très compliqué de les analyser, précise Elisabeth Ruffinengo :

« Il peut être très difficile de comprendre les étiquettes si l’on n’a pas de formation en chimie. Il y a des marques qui commencent à indiquer les ingrédients en français. Il faut aussi que ça soit lisible : sur certains produits, c’est écrit tellement petit que ce n’est pas lisible. »

Aujourd’hui, il existe cependant des applications qui peuvent aider le consommateur à s’y retrouver :

  • INCI Beauty,développée par des étudiants de Clermont-Ferrand, est une application qui donne la liste des composants d’un produit scanné et les classe en 4 catégories : ingrédient vert (sans risque), jaune (réglementé / allergène), orange (issu de la pétrochimie) ou rouge (controversé, à risque). L’application donne un note au produit, et propose des alternatives aux produits mal notés.
  • QuelCosmetic : "Fini les doutes sur la présence d’ingrédients indésirables dans sa crème de jour, sa mousse à raser ou le gel lavant pour son bébé", promet l'association l'UFC Que-Choisir, qui a développé l’application.
  • Yuka : après les produits alimentaires, l’application propose d’analyser vos produits cosmétiques.

Des logos de prévention

Pour la WECF, la conclusion de l’étude est claire : il faut agir contre la présence dans l’environnement des perturbateurs endocriniens : interdire certains ingrédients, concevoir des produits sans danger pour la santé et les ecosystèmes, ou encore renforcer la réglementation sur les perturbateurs endocriniens.

Mais l’association souhaite également, dans l’attente de l’interdiction des perturbateurs endocriniens, signaler leur présence dans les cosmétiques par un logo mettant en garde les femmes enceintes, similaire à celui existant pour l’alcool. En effet, la grossesse est une période particulièrement vulnérable en matière d’exposition à ces substances, précise Elisabeth Ruffinengo :

« Notre première demande c’est d’interdire ce qui est dangereux. En attendant, on estime qu’il faudrait un logo pour interdire ces produits aux femmes enceintes. Pourquoi ça ne marche pas ? Le secteur cosmétique ne souhaite pas "stigmatiser des produits"... On a une réglementation qui avance très lentement. Ça serait vraiment bien d'avoir un logo dans un premier temps, pour avoir des indications. »

La rédaction de La Maison des Maternelles