france.tv

Troubles du sommeil : mon enfant dort mal

7 min de lecture
Publié le 29.09.2021 à 16h27 
(mis à jour le 29.09.2021 à 16h42)

Aurélie Callet, psychologue clinicienne, fondatrice de Kidz & Family, et autrice de "Je ne dors pas !" aux éditions De Boeck, répond à nos questions sur les troubles du sommeil et de l'endormissement chez l'enfant.

LMDM - Quelles sont les causes médicales et psychologiques les plus fréquentes chez l’enfant qui expliquent les troubles du sommeil ?

Aurélie Callet - Chez les bébés : coliques, RGO, intolérance aux protéines de vache, reflux. Il faut consulter en premier lieu un pédiatre en cas de troubles du sommeil car il faut s’assurer qu’il n’y a pas de douleur. Côté psychologique : une séparation, un déménagement, un changement d’école, un petit frère ou soeur. Il y a ensuite l’angoisse de séparation, qui arrive vers 9 mois.

Depuis que son petit frère est arrivé, le grand a beaucoup de mal à s’endormir. Comment faire ?

Ça peut être dû à l’arrivée du bébé, mais aussi à des changements dans la vie de l’enfant : parfois, on ne s’en rend pas compte, mais le rituel du coucher du grand va mal se goupiller avec le rythme du nouveau-né, et même si l'on abrège de 5 minutes, et qu’on change les habitudes du grand, ça peut le perturber. Si on est partis précipitamment pour l’accouchement et que le grand s’est réveillé et que les parents n’étaient plus là, ça peut aussi expliquer… Il faut vraiment essayer de trouver la cause. Passer du temps avec l’aîné, d’autant plus s’il est encore petit. Remplir son réservoir affectif à fond !

Épuisés, nous finissons parfois par prendre leurs enfants dans notre lit. C’est grave ?

Non, je trouve qu’il n’y a rien de grave. Tant que c’est ok pour les parents. Quand les parents sont complètement épuisés, qu’ils deviennent agressifs, qu'ils sont mal au travail, que ça fait des tensions dans le couple… Si prendre l’enfant dans le lit permet à tous de reprendre des forces, il ne faut pas hésiter à le faire, ne pas culpabiliser. Le jour où on est décidé, on peut remettre l’enfant dans son lit. En revanche, si les 2 parents se disent ‘Nous, c’est jamais’ : si une fois il y a quelque chose qui ne se passe pas comme d’habitude, ne prenez pas votre enfant dans votre lit. Surtout si ce n’est pas l’enfant qui demande. Car vous allez lui proposer un truc génial, et que vous n’aurez pas envie de recommencer.

À quel âge peut-on mettre un rituel du coucher en place ?

On peut commencer à partir de 3 mois. Un rituel c’est une transition vers le sommeil, mais il ne doit pas durer longtemps, 15 minutes max et il doit être calme, l’enfant doit être apaisé mais réveillé dans son lit. On oublie les jeux, les interactions, le cache-cache, qui peuvent énerver. Le rituel doit être une petite histoire, une chanson, un câlin un bisou. C’est du conditionnement, toujours dans le même ordre.

J’ai un bébé de 6 mois qui n’a jamais fait de nuit complète, il se réveille ne se rendort qu’avec un biberon, 2 fois par nuit. J’ai perdu ma maman a 3 mois de grossesse : est-ce que ça peut jouer ?

Bien sûr. Quand il y a une maman qui ne va pas très bien, le bébé peut « s’effacer » car il sent que sa mère n’est pas bien, donc il ne pleure pas, etc. Ce qui est important c’est que sa mère lui parle, lui dise qu’elle est triste mais que ce n’est pas de sa faute à lui, le rassurer. Un réveil par nuit, à 6 mois, ça peut arriver.

Mon bébé de 3 mois se réveille toutes les heures, puis toutes les 20 minutes. Le pédiatre nous dit que tout semble normal, selon lui. Que faire ?

Je ne crois pas qu’un bébé qui pleure autant aille bien. Il faut que les parents se fassent confiance : apparemment ici, les parents sentent bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Il faut écouter son instinct. Il faut demander un deuxième avis à un autre professionnel de santé. Un bébé qui va bien n’a pas de raison de se réveiller autant. 

Ma fille de 2 mois ne s’endort que sur moi, j’ai peur de lui donner de mauvaises habitudes…

Non, à 2 mois, profitez en ! Un petit bébé, ça passe tellement vite, on n’a pas 15 enfants dans sa vie, et si ça fait plaisir à tout le monde… On ne peut pas mettre des injonctions en disant que ça serait « une mauvaise habitude » : que les gens se fassent plaisir !

Comment gérer l’angoisse de séparation à 9 mois au moment du coucher ?

Il faut faire attention effectivement à cette période du 8ème, 9ème mois. N’organisez pas un week-end en amoureux ou ne partez pas une semaine en vacances ! Ce n’est pas du tout le bon timing : le bébé peut avoir l’impression que vous n’allez jamais revenir. Il faut le sécuriser, le prendre beaucoup dans les bras : ça va durer 3, 4 semaines la plupart du temps. À partir du moment où il aura compris que vous allez revenir même s’il ne vous voit pas, ça sera ok. Il faut faire le jeu du cache-cache ou « coucou-caché » Ça aide l’enfant à comprendre que même s’il ne vous voit pas, vous n’avez pas disparu !

La rédaction de La Maison des Maternelles