france.tv

Tout comprendre sur la boulimie

4 min de lecture
Publié le 08.12.2021 à 15h23 
(mis à jour le 08.12.2021 à 15h36)

Dr Clément Vansteene est psychiatre, addictologue au GHU Paris de l’hôpital Ste-Anne. Il répond à nos questions sur la boulimie.

LMDM - Quels signes peuvent faire penser à la boulimie ?

Dr Clément Vansteene -  Le cas de Margaux est très représentatif des patients atteints de boulimie : ses parents ont trouvé sous son lit des papiers de gâteaux, bonbons, etc. Cela fait partie des signes d’alerte classiques. On a aussi les placards de la cuisine qui se vident de manière mystérieuse, l’argent de poche qui baisse rapidement et sans raison apparente. On a aussi tout ce qui va avec les conduites compensatoires : vomissements dans un temps très court qui suit le repas. Et enfin, il y a l’activité physique quotidienne, compulsive, solitaire comme le jogging, les séances de musculation, le gainage.

Adolescente, j'ai souffert de boulimie. Aujourd’hui mère, j’ai peur de transmettre cela à mon enfant.

Chez tout patient, on retrouve cette peur de « la contamination » dans la famille. C’est fantasmé, le risque de transmettre est faible. Après évidemment dans les familles où quelqu’un est atteint de troubles alimentaires, il y a plus de risque de voir d’autres personnes atteintes. Il y a des facteurs génétiques, éducationnels certes mais aussi des facteurs environnementaux qui sont complément indépendants des antécédents familiaux. Comment faire pour prévenir ce risque de « transmission » ? Il n’y a pas de recette magique, mais l’idée c’est de pouvoir s’appuyer au maximum sur le co-parent, pour endiguer un certain nombre de craintes, se mettre d’accord sur des stratégies autour des repas quand on sent que soi-même on commence à perdre ses repères. Jouer collectif : c’est ça la règle !

Nous venons de découvrir la boulimie de ma fille. Comment les parents doivent réagir, y a-t-il des mots à éviter ? 

Tout le monde peut avoir un mot maladroit. Il y a un élément qu’il faut comprendre : dans ces maladies-là, en fonction des moments qu’on va traverser en tant que patient, on va avoir un récepteur qui n’est pas réglé de la même manière que le commun des mortels. L’exemple type, une phrase que j’ai banni de mon vocabulaire est « Vous avez l’air en forme aujourd’hui » car ma patiente entend « J’ai pris du poids »… Un jour c’est entendu comme cela, et un autre jour autrement. Ensuite, il y a un certain nombre de concepts qu’il faut avoir à l’esprit :

  • Les temps de repas doivent être sanctuarisés, si on a des inquiétudes : il faut les différer. Il ne faut pas que ça se passe pendant les repas, on ne rajoute pas de conflits à table, on va faire monter l’angoisse chez le patient, pour qui c’est déjà un moment compliqué. Le repas doit durer une trentaine de minutes.
  • Il faut verbaliser, dire les inquiétudes, reprendre les choses qui ont été compliquées, mais à froid, en dehors des repas.
  • Les repas, c’est toujours une épreuve : il faut essayer de planifier collectivement les menus, car c’est toujours une source de conflits importants.
  • S’appuyer sur des tiers qui sont neutres, comme des psychiatres, psychologues, diététiciens.
La rédaction de La Maison des Maternelles