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Se remettre ensemble après une séparation lorsqu'on est parents

3 min de lecture
Publié lundi dernier à 16h19 
(mis à jour lundi dernier à 16h32)

Après un ou plusieurs enfants, il peut arriver à un couple de se séparer... avant de se retrouver. Comment en parler aux enfants ?

Sophie Cadalen, psychanalyste et auteure du livre « Aimer sans mode d’emploi » répond à nos questions sur ce sujet.

LMDM - Tout d'abord, comment annoncer à un enfant ou à un bébé que ses parents se séparent ?

Sophie Cadalen : On le lui dit déjà, même s’il ne parle pas. On le sait depuis Dolto, l’enfant comprend, il a besoin qu’on nomme les choses. Il n’y a rien de plus angoissant et perturbant pour un enfant qu’une situation qui a changé, que les ondes autour de lui ne soient plus les mêmes, avec du chagrin ressenti par tous, s’il on ne met pas de mots mis sur tout cela. Il faut mettre des mots, mais des mots simples. Parler à l’enfant, ce n’est pas tout dire à l’enfant, ce n’est pas livrer son intimité. Il faut déjà donner des informations factuelles : « on va se séparer, ça ne change rien pour toi, on va être le plus présent possible, etc » mais aussi parler de notre état à nous : si on est très chagriné, angoissé, etc, le lui dire : « ne t ‘inquiètes pas, je suis triste mais ça n’a rien à voir avec toi » Des choses qui paraissent simples mais qu’il est toujours bon de dire.

Nous avons 3 enfants, nous nous sommes séparés pendant 4 ans, puis remis ensemble. Comment fait-on pour ne pas ressortir les veilles rancœurs lors de nos conflits ?

Déjà, admettre qu’on ne va sans doute pas en faire l’épargne, de ces retours « acides », ces choses qui ne se sont pas bien passées… Il faut essayer d’être vigilant surtout et se dire que cela, ça nous regarde en tant que couple. Ça ne regarde pas les enfants, c’est notre intimité à nous, parents. Il faut s’en occuper à part de la famille. S’en occuper peut-être seul.e, déjà, plutôt que d’être dans le reproche à l’autre. Se demander ce que cela raconte de nous, cette séparation, cette tromperie, ce doute, etc. Qu’est-ce qui s’est passé pour soi ? Le reproche, la plupart du temps, là où il n’est pas constructif, c’est quand on dit : « c’est de ta faute ceci » ; « c’est toi qui m’a fait ça » etc. C’est une histoire ensemble. La meilleure façon de passer ces caps là, c’est de se poser la question en tant qu’acteur : où étions-nous dans cette histoire ? Dans la seule position de « j’ai subi » -le doute, la trahison, etc- on ne va pas aller bien loin, et ça va revenir. Parce que l’autre sera toujours susceptible de le refaire. C’est vraiment prendre ça à sa charge : qu’est-ce qui s’est passé ? Comment était notre couple ? Comment moi je me situais par rapport à l’autre ? Qu’est-ce que j’espérais de l’autre qu’il ne m’a pas donné ? Qu’est-ce que je n’ai pas donné à l’autre qu’il espérait ? Qu’est-ce qui n'a pas été exprimé ? Qu’il sera temps dans cette nouvelle reconstruction d’exprimer enfin.

Lorsque l’on se remet ensemble après plusieurs années de séparation, quand l’annoncer aux enfants ?

Cela va dépendre des enfants, de leur âge aussi. L’annonce c’est quand on est tout à fait sûr de vouloir retenter l’aventure. Ce n’est surtout pas au moment des doutes : les enfants ne sont pas nos copains, ni nos confidents. Comptez aussi sur leur intelligence, sur leur radar : ils savent quand les choses changent, qu’il y a du rapprochement. Il ne faut pas occulter cette donnée là. Plus les enfants sont âgés, moins on aura de compte à leur rendre : ils sont grands, ils peuvent comprendre.

La rédaction de La Maison des Maternelles