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Parole d'expert

RGO : le reflux mal connu

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Publié le 11.12.2020 à 10h06 
(mis à jour le 17.12.2020 à 17h55)

Source de souffrances pour le nourrisson, le RGO peut également tarder à être bien diagnostiqué. Notre pédiatre Arnault Pfersdorff nous éclaire sur le RGO, les problèmes qu’il cause et les solutions qui existent. 

LMDM - Pourquoi est-ce si long d’obtenir le bon diagnostic ? 

Arnault Pfersdorff- Il faut tout d’abord s’adresser à un professionnel qui sait de quoi il parle. Pas de diagnostic de trottoir ! Ce n’est pas parce que l’enfant de la copine a un RGO que notre bébé l’a aussi. Ensuite il faut que les parents reçoivent un discours d’apaisement. Il est certain que si le médecin leur dit « Ca va passer ! », ils auront l’impression de ne pas être pris au sérieux et cela va augmenter leurs inquiétudes. Le bébé le ressentira et ira plus mal encore. Pour un bon diagnostic, il faut d’abord écouter les parents puis examiner l’enfant. 

Pourquoi tarde-t-on à faire des examens aux bébés ? 

L’examen majeur est l’examen clinique. N’hésitez donc pas, au début, de consulter chaque semaine si cela est nécessaire. Cela permettra de rassurer et de voir s’il y a une évolution. Les autres examens ont lieu en cas de complications. Si le médecin suspecte une oesophagite (une inflammation de la muqueuse de l’oesophage) il préconisera une échographie. Elle ne sert pas à voir le reflux mais à vérifier l’oesophagite. On ne peut donc pas en faire à tous les bébés. 

Plus rarement, on fera une PH-métrie. Cela consiste à descendre une petite sonde dans l’estomac du nourrisson pour mesurer l’acidité. 

On peut également, mais cela se fait de moins en moins, faire un TOGD. On fait alors boire un biberon qui contient de la baryte, afin de vérifier à la radio si la substance remonte.

Dans les cas extrêmes, on fera une fibroscopie au bébé. Mais c’est quand on suspecte autre chose qu’un reflux classique. 

Comment soulager les bébés ?

Le traitement de base est la prise en charge non médicamenteuse :

  •  D’abord on s’assure que c’est bien un reflux et pas une allergie ou une sténose du pylore (épaississement d’un muscle à la jonction de l’estomac et du duodénum). À partir de là on choisit un lait adapté. Attention au lait épaissi qui donne moins de reflux mais des coliques. 
  • On fractionne les repas. Par exemple ne donnez pas un biberon de 180 mL en une fois mais fractionnez-le en faisant des pauses de plusieurs minutes pour faire 60/60/60.
  • Trouvez une position pour que le bébé puisse dormir. À l’hôpital on peut les mettre sur le ventre car l’on dispose d’alarmes qui mesurent la respiration. Si vous devez allonger votre bébé sur le ventre à la maison assurez-vous alors que c’est sous surveillance continue et en journée de préférence. 
  • Intégrez la diversification alimentaire dès 4 mois pour que le bébé ait accès à une alimentation plus solide.
  • Portez votre enfant en écharpe après les repas. 
  • Rassurez-le pour qu’il ne pleure pas. 

Existe-t-il des traitements ?

Oui. Dans certains cas, on va utiliser un anti-acide en 1 ou 2 prises par jour. Mais il faut faire attention car parfois on le prescrit trop vite alors qu’il n’y a rien. On peut aussi donner au bébé des médicaments de type pansements intestinaux comme le Gaviscon. C’est une décision médicale qui est prises après avoir essayé tout le reste. 

Y a-t-il des conséquences pour un bébé s’il doit suivre un traitement au long cours ?

Quand c’est indiqué on peut faire un traitement au long cours. Rassurons les parents. S’il y a des effets secondaires, ce qui est très rare, alors on change de molécule. 

Vers quel âge peut-on voir une amélioration ?

Avec le reflux, le temps est un ami. Il existe différents paliers d’amélioration. Cela débute vers 6 mois quand le bébé commence à se retourner, puis quand il se met à ramper. Ensuite c’est quand il acquiert la position assise, puis la marche. Cela peut être long mais ça finit par passer. 

La rédaction de La Maison des Maternelles

Expert

Arnault Pfersdorff

Pédiatre

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