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Revalorisation du salaire des sages-femmes : « Une bonne opération de com’ ! »

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Publié mercredi dernier à 16h49 
(mis à jour jeudi dernier à 10h31)

L'annonce du gouvernement concernant la revalorisation salariale des sages-femmes est très loin de faire l’unanimité dans la profession. 

« 500 euros net par mois » d’augmentation de salaire : si la promesse pouvait paraître belle, elle est bien loin de satisfaire les sages-femmes. Pour Camille Dumortier, sage-femme hospitalière depuis 22 ans et présidente ONSSF (Organisation Nationale Syndicale des Sages-Femmes), syndicat majoritaire et représentatif de tous les modes d’exercices de la profession, cette annonce est « Comme d’habitude : une bonne opération de com’ ! Nous, on sait ce qu’il y a réellement derrière, et on convulse ! »

Car à regarder dans le détail, cela est plus compliqué qu'il n'en parait, précise Camille Dumortier :

« Pour lire entre les lignes : dans ces 500 euros il y a les 180 euros qu’on avait déjà obtenus du Ségur de la santé, une revalorisation de 78€ puis 240€ de prime. Mais cette prime ne compte pas dans la retraite et on ne la touche pas si l’on est en congé maternité, par exemple. Et les sages-femmes en PMI, les sages-femmes enseignantes, ne sont pas concernées ! »

Par ailleurs, les sages-femmes, au-delà de la question du salaire, réclament de meilleures conditions de travail :

« Nos demandes d’effectifs ont été balayées en un revers de main ! On réclame des effectifs, on veut du monde dans nos établissements pour accueillir les femmes correctement. Et ça ne concerne pas seulement notre profession : on manque aussi d’auxiliaires, de puéricultrices, etc. »

Concernant l’ajout d’une sixième année de formation, là encore, Camille Dumortier est sceptique : « 6 années d'étude pour une paye de Bac+3 et demi, ça va attirer du monde ? Non ! Le métier va attirer de moins en moins. » 

Aujourd’hui, la sage-femme voit la profession en grande souffrance, et de plus en plus de ses collègues se reconvertissent : 

« Ce n’est plus possible d’être sage-femme aujourd’hui car on est maltraitantes : on n’a pas le temps nécessaire à accorder à nos patientes pour les traiter correctement. C’est réellement l’apocalypse, dans le privé comme dans le public : toute la profession va mal ! »

Mais les sages-femmes restent déterminées, à l’image du militantisme de Camille :

« On ne baissera pas les bras ! On peut faire bien mieux que ça, en s’appuyant sur les sages-femmes qui sont les mieux formées au monde (les sages-femmes françaises, NDLR). On ne se fait pas avoir. L'accord a été signé par Force ouvrière, la CFDT et l'Unsa, mais ce ne sont pas des syndicats de sages-femmes ! La proposition du gouvernement va vers une meilleure reconnaissance mais ça ne suffit pas. On a des siècles de retard à rattraper. On est des femmes qui prennent en charge la santé des femmes. La santé des femmes n’attend pas les élections ! » 

Un nouveau « week-end noir » de grève est à prévoir dans toutes les maternités, avec une forte mobilisation de la profession.

Marion Cousin