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Retour en classe : le corps enseignant entre malaise et espoir

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Publié le 11.05.2020 à 18h16 
(mis à jour le 12.05.2020 à 13h15)

Alors que l’école rouvre après 8 semaines de fermeture, plusieurs professeurs font part de leurs inquiétudes sur les conditions de retour en classe.

Flou sur l’information

Elodie est institutrice dans une école du 19ème arrondissement de Paris. Elle regrette le manque d’informations sur les conditions de réouverture des écoles :

« Le manque d’informations est global. Ça nous concerne nous, les profs, mais aussi les directeurs d’école. Il y a juste eu les directives du ministère qui sont tombées et hop… débrouillez-vous avec ça ! »

Jeremy, professeur des écoles depuis 10 ans dans une REP (réseau d’éducation prioritaire) en région parisienne, partage lui aussi ce ressenti :

« On a très peu d’informations concrètes, et sur les moyens qui vont être mis en place. Déjà, avant le confinement, notre école manquait de tout, même de savon pour se laver les mains… Là, on se demande comment ça va se passer, comment on va pouvoir mettre en place le protocole sanitaire. Le personnel qui s’occupe du nettoyage des locaux était déjà en sous-effectif avant la crise sanitaire. »

« Ça, ce n’est pas l’école »

« Pas de récréation, pas de sports, pas de jeux, aucun matériel d'apprentissage… pour moi, ça ce n’est pas l’école ! » s’inquiète Jeremy, avant de nous expliquer :

« En CP, le travail de manipulation est essentiel pour apprendre, et on ne pourra pas le faire. Je ne peux pas apprendre à mes élèves à compter ou lire sans le matériel d’apprentissage adapté. On nous a dit qu’il y aurait des supports vidéo, mais pour l’instant nous n’avons pas de moyens, pas assez d’ordinateurs, ni de vidéoprojecteur. »

Pour Thomas, enseignant dans une école parisienne, il peut aussi y avoir des « difficultés d’adaptation pour les enfants qui ne vont pas retrouver leurs enseignants ». En effet, dans son école comme dans d'autres, les élèves ne retrouveront pas forcément leur maître ou maîtresse, mais seront « avec l’enseignant présent ce jour-là ». Un non-sens total pour Sylvie, maîtresse d’une classe de CE1 dans les Yvelines, qui explique :

« Changer de professeur dans ces conditions, cela va être très dur pour certains enfants. Enseigner, ça n’est pas juste apprendre aux élèves des leçons, c’est avant tout un lien humain. On tisse une relation de confiance avec les enfants et leurs parents, et c’est de cette relation de confiance que naît l’apprentissage. »

« Pas parfait, mais mieux que rien »

Certains de ces professeurs, comme Thomas, se demandent s'il la réouverture des écoles va apporter un réel bénéfice aux enfants, alors qu'il ne reste que quelques semaines de classe :

« C’est beaucoup de difficultés pour s’organiser, alors que finalement la plupart des élèves ne vont être accueillis que quelques semaines, voire que quelques jours par ci par là. »

Parallèlement à ces inquiétudes légitimes, certains se veulent plus rassurant. C'est le cas d'Emeline, une institutrice qui a continué à faire classe aux enfants de soignants pendant le confinement :

« C'est évident qu'il va y avoir une période peut-être un peu difficile pour certains enfants, mais il ne faut pas oublier qu'ils ont une grande capacité d'adaptation ! Il faut que les parents parlent honnêtement à leurs enfants des conditions de retour, cela les aidera à se préparer psychologiquement. Nous serons là aussi pour leur expliquer les choses. Même si cela n'est pas l'école d'avant, ce retour peut être une bonne chose pour certains élèves, qui vont retrouver du lien social, qui vont pouvoir être aidés dans les apprentissages. Ça ne sera pas parfait, mais ça sera mieux que rien pour pleins d'enfants. »

Car il ne faut pas oublier que tous les enfants ne sont pas égaux face à l'école à la maison. Un constat qu'a fait Jeremy avec ses élèves :

 « Quand j'envoie les devoirs ou un exercice par mail, je sais que certains enfants n'ont pas d'accès à internet chez eux, n'ont pas d'ordinateur. Je sais que pour certains de mes élèves, la seule solution sera le téléphone d'un des parents, qu'ils devront aussi partager avec les frères et sœurs. » 

Marion Cousin