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Réagir face aux crises de son enfant

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Publié le 15.09.2021 à 14h29 
(mis à jour le 17.09.2021 à 11h32)

Caroline Goldman est psychologue pour enfants et adolescents et auteure du livre File dans ta chambre chez InterEditions. 

LMDM - Avec les éléments du témoignage d’Émilie, qu’auriez-vous envie de lui conseiller en premier lieu si elle entrait dans votre cabinet ? 

Caroline Goldman -Tout d’abord je la félicite d’avoir le courage de s’exprimer, ce n’est pas facile. Les idéaux pèsent très lourdement sur la maternité. Admettre qu’on a du mal est un grand courage.

Sur le reste, ma réponse sera forcément partielle puisque je n’ai pas rencontré la famille. Il y a certainement un petit hiatus de coordination des méthodes entre le père et la mère. La maman est beaucoup dans la négociation et la séduction, on sent qu’il y a beaucoup d’amour mais que ce n’est pas très ferme. On sent qu’elle est toute seule. Or, il faut être 2 et coordonnés. Il ne doit pas y avoir d’histoire de « bon flic » et « mauvais flic » chez les parents. Les enfants veulent qu’on les limite. Ce qu’on appelle le « mauvais flic » et qui est souvent imputé à la fonction du père, l’enfant ne l’en aime que plus ! Plus on lui donne ce dont il a besoin, plus il aime.

Mfille de 6 ans n’arrête pas de réprimander sa petite sœur comme si c’était elle l’adulte de la maison, et elle me répond comme une ado. Lorsque je lui fais la remarque elle se met en crise et monte dans sa chambre en claquant la porte par exemple. Comment lui faire comprendre qu’elle doit garder sa position d’enfant au sein de la famille ? 

Je vais donner une réponse qui ne plaira pas aux tenancières de l’éducation positive en France : on ne fait rien comprendre aux enfants. Entre la raison et la pulsion il y a une vie parallèle. On ne « raisonne » pas une pulsion, ça ne sert à rien. On ne va pas « faire comprendre à l’enfant » : d’ailleurs on s’y est tous confrontés, expliquer 100 fois la même chose à l’enfant et ça lui glisse dessus, ça ne freine absolument pas sa détermination à passer à l’acte du côté de la transgression. Donc il faut arrêter d’espérer lui faire entendre raison.

Là, manifestement, la petite fille prend la place d’une posture limitante qu’elle appelle chez les parents. Comment on fait quand il s’agit d’une quête normale de limites ? On convoque un second parent : le père ou un coparent. Car il faut être 2 face à l’enfant. Quand un adulte parle à un enfant c’est une discussion ; quand deux adultes parlent ensemble à un enfant, ça devient une loi. On fonctionne aussi par le « time-out » c’est-à-dire la mise à l’écart temporaire hors de l’espace commun, le fameux « file dans ta chambre » ; « va te calmer dans ta chambre tu n’as pas écouté » ou « je t’ai dit 4 fois la même chose, c’est important que tu m’obéisses » etc…

Ma fille de 3 ans est « diabolique ». Elle n'écoute rien, répond sans cesse, frappe, hurle... Les punitions, le pédopsy, beaucoup de temps passé avec elle : rien ne fonctionne. Que faire quand rien n’a d’impact sur l’enfant ?

Il faut changer de pedospy peut-être car il.elle aurai du répondre à ces questions ! En tout cas, il y a toujours des solutions. Je vois de quoi parle cette maman. Je les vois dans mon cabinet tous les jours : des enfants qui cassent les plinthes, les stylos, disent des gros mots en me regardant dans les yeux… Elle n’est pas « diabolique » cette petite fille, elle est en souffrance. Il faut sortir du système qui ne lui a pas permis de grandir « droite » et comme elle y aspire. Tous les enfants aspirent à l’amour et à la paix avec leurs parents.

La rédaction de La Maison des Maternelles