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Qu'est ce que la phobie scolaire ?

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Publié le 20.10.2020 à 12h00 
(mis à jour le 26.10.2020 à 12h08)

Marie-Rose Moro, pédopsychiatre, fait un point sur la phobie scolaire qui touche 5% des élèves en France.

Qu’est-ce que la phobie scolaire ? Pourquoi votre enfant en souffre ? Comment réagir s’il ne veut plus aller à l’école ? Marie-Rose Moro, pédopsychiatre, professeure des universités et auteure de Phobie Scolaire, retrouver le plaisir d’apprendre, répond aux questions de LMDM.

LMDM - Quand on parle de phobie scolaire, de quoi parle -t-on ?

Marie-Rose Moro - Il s’agit d’enfants, qui pour des raisons irrationnelles, refusent d’aller à l’école, et qui manifestent des réactions d’anxiété très vives ou de panique quand on essaie de les y forcer. Ces enfants ou adolescents, alors qu’ils souhaitent apprendre, ressentent une angoisse très forte vis-à-vis de l’école et de l’environnement scolaire. Ils ne font pas l’école buissonnière, ils sont dans l’impossibilité profonde, partielle ou totale, d’aller en cours.

Y a-t-il des signes qui peuvent alerter les parents ?

La phobie scolaire se manifeste par des troubles du comportement, désintérêt, repli sur soi, troubles du sommeil, absentéisme, pleurs, troubles physiques comme les douleurs abdominales, vomissements, transpiration excessive, crises d’angoisses… Il faut faire attention quand ces signaux se répètent et que l’enfant a de plus en plus de mal à y aller, ce n’est pas toujours de la fainéantise. Ils essaient d’éviter la situation car elle leur paraît insupportable. Ce sont des enfants qui vont beaucoup à l’infirmerie pendant les cours. Il est plus facile de s’exprimer par une somatisation plutôt que de dire : « je suis angoissée ».

Quelles sont les causes de la phobie scolaire ?

La phobie scolaire peut avoir des origines diverses, même si l’anxiété́ de la séparation est souvent évoquée. Plusieurs causes peuvent déclencher une phobie scolaire : la peur d’être nul ou considéré comme tel, la pression familiale, qui donne trop d’importance à l’excellence, certains traumatismes tels que le racket, les moqueries de la part d’autres élèves, la surprotection familiale.

Quels sont les enfants les plus sujet à la phobie scolaire ?

Ça peut démarrer plus tôt mais c’est quand même autour du collège que c’est la plus manifeste. Ça touche toutes les catégories sociales. Ce qui est inquiétant c’est qu’il y en a de plus en plus, on est le pays d’Europe où il y en a le plus.

Comment réagir face à la phobie scolaire ?

La phobie scolaire est une urgence. Une fois installée, il faut parfois beaucoup de temps pour en sortir. Il est important que la phobie scolaire soit prise en compte très tôt, car à cet âge, n’importe quelle souffrance peut se compliquer par une dépression. Mais il ne faut pas non plus surréagir.

Que peut-on faire ?

Il faut évaluer la situation, voir l’enfant et sa famille en incluant aussi l’école, un pédiatre, un psychologue, un psychomotricien. Faire un bilan pédagogique en 2 ou 3 séances. Une prise en charge collective et pluridisciplinaire est nécessaire, qui implique l’enfant, sa famille, les soignants et bien sûr le collège : médecin et infirmière scolaires, psychologue de l’éducation et ensemble de l’équipe éducative. Elle ne doit pas se traduire par une longue déscolarisation, il convient au contraire de favoriser un retour le plus rapide possible à l’école, grâce à une prise en charge progressive de l’enfant face à son angoisse.

Quelles peuvent être les solutions pour favoriser ce retour à l’école ? 

Les solutions c’est parfois de ne pas donner de notes, d’aménager l’emploi du temps. Quand la famille est impliquée, on propose une thérapie familiale. Ou une thérapie individuelle. On propose aussi l’hôpital de jour. Il faut parfois entrer par des compétences qui leur redonnent du plaisir , comme les expressions artistiques

En quoi consiste l’hôpital de jour ?

Les enfants assistent à des ateliers créatifs ludiques pour leur redonner confiance en eux, ils ont des horaires à respecter, on met tout en place pour les réconcilier avec l’école, on leur fait jouer les psychodrames de l’école avec la possibilité de changer la donne, souvent ils arrivent en héros.

Dans quels cas doit-on hospitaliser ?

L’hospitalisation ce n’est pas du tout la première intention, 90 % des phobies se traitent en ambulatoire. En cas de dépression, de besoin de rupture avec la famille, on hospitalise pour faire tous les examens cliniques et isoler l’adolescent. Quand il y a une pathologie associée, dépression, manque de sommeil, on hospitalise pour voir comment l’enfant se comporte.

La rédaction de La Maison des Maternelles