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Protection de l'enfance : "Plus l'enfant est petit, plus l'urgence est grande"

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Publié le 15.12.2020 à 15h07 
(mis à jour le 17.12.2020 à 17h34)

Edouard Durand, juge des enfants, lance un cri d’alerte : le système judiciaire n’est pas adapté au rythme de l’enfance.

En France, plus de 300 000 mineurs bénéficient au moins d’une prestation ou d’une mesure de protection de l’enfance selon l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE). Pas moins de 3 000 d’entre eux ont le statut de pupille de l’État. Quant aux infanticides, 122 ont été enregistrés en 2018.

18 mois entre une décision et son application

Edouard Durand est l’un des 15 juges des enfants du tribunal de Bobigny à avoir signé l’année dernière une tribune pour alerter l’opinion sur la dégradation des dispositifs de protection de l’enfance en Seine-Saint-Denis. Il dénonce notamment le délai beaucoup trop long de 18 mois entre une décision et son application :

« S’il faut placer un nourrisson à l’hôpital ou dans une pouponnière tout de suite, les services sociaux du département, le procureur de la République, les juges des enfants sont en capacité de le faire. S’il faut faire intervenir un service éducatif au domicile de la famille pour protéger un enfant ou tout une fratrie, alors les délais peuvent être beaucoup plus longs. »

Un rythme incompatible avec celui de l’enfant

Ces délais en année sont incompatibles avec le rythme de l’enfance. Selon lui, « le développement de l’enfant n’attend pas » :

« On peut dire que, plus l’enfant est petit, plus l’urgence est grande. Les liens d’attachements, c'est  la sécurité fondamentale de l’enfant, et une dimension à la fois cruciale et très urgente. »

Se sentant parfois impuissant du fait de ces délais à rallonge, il aimerait que les choses évoluent au niveau de l’aide concrète sur le terrain car chaque jour compte pour que l’enfant ne soit plus en danger mais protégé :

« Ce qui est primordial, tant les besoins en protection de l’enfance sont importants, c’est qu’il y ait dans ces services suffisamment de psychologues, d’éducateurs, d’assistantes sociales, pour aller rapidement à la rencontre des familles, accompagner les enfants et les faire passer d’une situation de danger à une situation de protection. »

Emmanuel Macron avait annoncé que le numéro gratuit « Allo enfance en danger », 119, devait voir ses moyens augmentés de 8% en 2020 pour recruter cinq nouveaux écoutants.

De plus, une « unité d’accueil pédiatrique » devrait être créée d’ici la fin du quinquennat. Ces structures situées dans des hôpitaux permettent une prise en charge médicale et judiciaire des mineurs victimes. Le plan du gouvernement prévoit en outre d'expérimenter un numéro d'aide pour les personnes attirées sexuellement par les enfants.

La rédaction de La Maison des Maternelles