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Prostitution et réseaux sociaux : « Il faut prévenir les parents ! »

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Publié le 31.03.2021 à 16h21 
(mis à jour le 01.04.2021 à 11h10)

Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’ACPE (Agir contre la prostitution des enfants) répond aux questions que se posent les parents sur la prostitution et les adolescents.

LMDP – Faut-il s’inquiéter si ma fille de 12 ans est constamment branchée sur les réseaux sociaux, fait des « défis » et chorégraphies sur Tiktok… ?

Armelle Le Bigot-Macaux - Il ne faut pas dresser le drapeau rouge tout le temps. Je pense qu’il ne faut pas s’inquiéter car il y a des enfants très sains qui ont juste envie de manipuler tous ces outils, qui sont des outils merveilleux. Mais on a raison de s’inquiéter dans ces cas-là parce que la bascule peut être assez rapide. À 12 ans, et jusqu’à 18 ans ce ne sont pas des jeunes femmes mais des enfants. Donc il faut être hyper vigilant en tant que parent. Parce que Tiktok sait parler à la communauté des jeunes, sait leur proposer des choses qui font sens. Mais le parent peut regarder de plus près et, c’est terrible à dire, ne pas trop faire confiance à son enfant. Car ce dernier est entouré de personnes plus âgées qui, elles, ne sont pas de confiance.

Aujourd’hui, tous les parents qui témoignent disent : « Il faut prévenir les parents ! » Ce n’est pas fliquer son gosse que juste vérifier qu’il n’est pas en train de commettre une erreur, de la façon la plus anodine possible. Parce qu’au début c’est vrai que c’est très rigolo de se mettre en valeur, de se prendre en photo avec des copines… C’est très ludique.

Peut-on se reconstruire et avoir une vie normale à l’âge adulte après s’être prostitué ado ?

On se construit avec cela. Comme tout traumatisme, celui-là est un traumatisme particulièrement violent. Mais oui ! Bien sûr que l’on peut se reconstruire après cela. Mais cela ne se fait pas instantanément. De même que l’on sombre très vite, on s’en sort très mal. C’est pour cela que je me bats pour que l’on fasse de la prévention. Parce qu’une fois que l’on tombe dans la prostitution, c’est sûr que ça prend du temps de se reconstruire. Il faut savoir qu’on ne s’en sort pas en un claquement de doigt. En plus il y a une véritable addiction. C’est-à-dire que ces adolescentes, quand elles tombent dans de tels réseaux, vont être droguées, alcoolisées… Elles vont alors devenir addict et addict au sexe aussi. Mais on peut se reconstruire ! Il faut y croire !

Ma fille de 15 ans est influençable et mal dans sa peau. J’ai découvert des photos dénudées dans son téléphone et elle refuse de me dire à qui elles sont destinées. Vers qui me tourner ?

Cette maman doit s’inquiéter. Parce que le « nude » en lui-même n’est pas très grave. Ce qui est grave c’est ce qu’il y a derrière et ce sont tous ces prédateurs qui existent, qui attendent et qui sont embusqués. Je conseille donc à cette maman d’évoquer le sujet avec sa fille puis de se tourner vers des associations qui peuvent l’aider comme l’ACPE ou Charonne. Nous saurons alors l’orienter vers des professionnels qui vont la conseiller et aider sa fille à comprendre et à avoir un petit déclic. Car sa fille est juste au stade où il faut s’inquiéter, car la glissade après est terrifiante.

La rédaction de La Maison des Maternelles