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Pression, maltraitance, culpabilisation : quand l’IVG tourne au cauchemar

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Publié le 11.03.2021 à 15h33 
(mis à jour le 11.03.2021 à 15h43)

Lorsque Justine tombe enceinte, elle décide d’avoir recours à l’IVG. Malheureusement, la jeune femme va faire la rencontre d’un médecin peu bienveillant.

Justine tombe enceinte alors qu’elle est porteuse d’un stérilet, et en couple avec son compagnon depuis tout juste 1 an. La jeune femme ne se sent pas prête pour cette grossesse et décide d’avoir recours à l’IVG. Elle se tourne vers son médecin généraliste qui la redirige vers une gynécologue de la maternité la plus proche, mais les choses se compliquent rapidement :

« Le temps d’attente pour avoir rendez-vous était long. J’étais déjà à 10 semaines de grossesse, car comme j’avais un stérilet et que mes cycles n’étaient pas réguliers, je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite. Suite à ça, j’ai essayé d’avoir un rendez-vous au planning familial mais qui n’était ouvert que sur mes horaires de travail. À l’époque, j’étais intérimaire et c’était très délicat de m’absenter, dans une équipe que je connaissais à peine. »

Justine va finalement aux urgences de la maternité. Là, elle tombe sur un médecin qui ne va pas la prendre en charge avec bienveillance :

« L’accueil a été glacial. J’ai été reçu par une interne. Dès qu’elle a fermé la porte, j’ai été incendiée pendant 15 minutes. Je me suis sentie comme une petite fille qui avait fait une grosse bêtise. Elle m’a dit "Mais qu’est-ce que vous faites là ? Une IVG n’est pas une urgence, vous avez de la chance que je sois encore là…" J’ai craqué. Avec les hormones et la fatigue, je n’ai rien pu faire d’autre que pleurer. Elle n’arrêtait pas de me couper la parole. Et quand elle s’est enfin tue et m’a demandé de m’installer, j’ai voulu parler, elle m’a dit : "Bon, vous voulez que je vous ausculte ou non ?" »

Un cas qui n’est malheureusement pas rare. Les témoignages de femmes ayant eu recours à l’IVG et ayant subi des pressions, maltraitances, ou culpabilisation de la part du corps médical restent nombreux. Pauline en a elle aussi fait l’amer expérience :

« Quand je suis allée faire mon échographie de datation avant mon IVG, l’échographiste m’a forcé à regarder l’embryon sur l’écran ! Comment cela est encore possible aujourd’hui ? »

Le docteur Philippe Faucher est gynécologue-obstétricien, responsable du centre IVG à l’hôpital Armand Trousseau à Paris, vice-président du REVO (Réseau Entre la Ville et l'Hôpital pour l'Orthogénie, dont l'objectif principal est de faciliter l'accès à l'IVG) et auteur d’un plaidoyer en faveur du droit à l’avortement : Une sur Trois (aux éditions Robert Laffont, sortie 1er avril 2021). Il explique :

« Aujourd’hui et demain, il restera toujours une tension morale sur l’avortement. J’ai beau faire un plaidoyer pour l’avortement on ne peut pas dire que ce n’est rien. Mais c’est un droit pour les femmes. 

Ce que je pense en tant que soignant c’est qu’on doit mettre le plus possible en veilleuse cette tension morale. On ne pourra jamais complètement l’annihiler, mais on se doit en tant que professionnels de faire ça. Or, il y en a qui n’y arrive pas très bien, et qui ne peuvent pas, devant une femme qui demande une IVG, mettre en veilleuse cette tension morale.

Donc qui se sentent un peu "obligés" de montrer à la femme que ce qu’elle est en train de faire correspond à quelque chose de grave, et dès fois peuvent faire entendre les bruits du cœur, avoir des paroles culpabilisantes, et ça à mon avis ce n’est pas correct quand on est un professionnel. La majorité des professionnels arrivent très bien à faire ça, mais certains sont complètement débordés par cette tension morale. »

 

La rédaction de La Maison des Maternelles