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Première fois : comment en parler aux ados ?

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Publié le 17.11.2021 à 15h42 
(mis à jour vendredi dernier à 15h50)

Dr Catherine Solano est médecin, sexologue et auteure du livre « Le grand livre de la puberté » aux éditions Robert Laffont. Elle répond à nos questions sur la première fois.

LMDM - Pourquoi la première fois est-elle une telle source d’angoisse pour les adolescents ? 

Dr Catherine Solano : C’est la peur de l’inconnu, de ne pas être aimé.e, de ne pas être « comme il faut » ou que l’autre vous juge mal. Les garçons ont très peur du côté mécanique : ils se disent : « si je n’y arrive pas, si je n’ai pas d’érection, si je ne trouve pas l’ouverture, ça va être une catastrophe » Et comme c’est quand même une question de virilité, ils vont se dire qu’ils ne sont pas « hommes » ou qu’ils sont des « hommes ratés » donc c’est difficile. Les filles ont peur qu’on ne les trouve pas belles : « mes seins sont trop petits » ; « je suis grosse » etc. Elles ont peur de ne pas être assez belles ou désirées et que ça ne marche pas à cause d’elles. Si un garçon a une panne, elles vont se dire : « il ne m’a pas assez trouvée belle » Elles ont aussi peur d’avoir mal ou saigner. Aussi, l’autre grande différence entre les filles et les garçons c’est que les filles ont conscience dans leurs corps qu’avoir un rapport sexuel c’est une possibilité de grossesse, même avec une contraception. Les garçons ne pensent pas tellement à ça.

La première fois est-elle perçue de façon différente chez les garçons et chez les filles ? N’est-on pas souvent décu.e ?

Une fois que la première fois est passée, ça dépend comment ça s’est passé ! C’est une expérience partagée. On peut être décu.e si on attendait trop. Si on le fait trop tot, on aura tendance à avoir plus peur, et la peur peut « empêcher » l’acte sexuel : la panne pour un garçon, la contraction du vagin chez la fille. Les premières fois les plus « réussies » -il y a eu des études là-dessus- sont celles où les partenaires étaient dans une relation de plusieurs mois avant et plusieurs mois après. Même si la première fois n’est pas très « réussie » dans ce contexte les 2 personnes se disent qu’elles finiront par y arriver et en gardent un bon souvenir. 

En tant que parent, comment en parler aux ados ?

Ce n'est pas la peine de rentrer dans les détails. Ce qui est important à mon sens c'est de dire à son ado qu'il faut se sentir respecté.e, ne jamais sentir que l'autre nous traite comme un objet, et le faire si uniquement on en a envie. Oser dire non, oser dire qu'on n'est prêt.e. On a souvent l'impression que c'est les garçons qui poussent les choses : c'est vrai, mais cela arrive aussi dans l'autre sens, donc il faut y sensibiliser les 2 sexes. Ensuite il y a les questions techniques de protection et contraception. On peut aussi dire qu'on n'est pas obligé d'avoir des rapports sexuels pour être heureux ou être bien ensemble. Très souvent, il y a des couples qui sont ensemble pendant plusieurs mois avant d'avoir un rapport sexuel avec pénétration, mais avec des câlins, des caresses, des baisers, etc. On peut se donner du plaisir autrement : ça, ça me semble très important à dire aux ados.

La rédaction de La Maison des Maternelles