france.tv

Pour l’autonomie des personnes en situation de handicap, signons d’urgence cette pétition

4 min de lecture
Publié le 20.01.2021 à 16h29 
(mis à jour le 21.01.2021 à 15h11)

Gladys, Clémentine et Hanane sont toutes les 3 en situation de handicap. Elles militent pour la désolidarisation des revenus de leurs conjoints pour garder leurs allocations, garantes de leur autonomie. 

L’allocation aux adultes handicapés (AAH) est une aide financière permettant aux personnes porteuses d’un handicap d’avoir un minimum de ressources. Problème : les ressources du conjoint sont prises en compte pour attribuer ou non cette aide, privant les personnes handicapées de leur autonomie financière. 

Une pétition, mise en ligne sur le site du Sénat, demande la désolidarisation des revenus du conjoint pour le paiement de l’AAH. Si elle atteint 100 000 signatures avant le 10 mars 2021, elle sera remise à la Conférence des Présidents. LMDM vous explique pourquoi il est urgent de la signer. 

Redonner leur autonomie financière aux personnes en situation de handicap

19.607 euros par an, soit 1.634 euros par mois. Voici le plafond au-delà duquel, si vous êtes en situation de handicap et en couple, vous ne toucherez plus l’AAH. Clémentine, 28 ans, en a fait l’amère expérience. Cette jeune parisienne, souffrant de narcolepsie, s’est vu retirer son AAH alors qu’elle venait de se pacser avec son conjoint :

« J’ai une reconnaissance handicapée de 80% qui me donne accès à l’AAH à taux plein : 900 euros, ce qui n’était déjà pas grand-chose pour s’en sortir… À partir du moment où je me suis pacsée avec mon conjoint, la CAF sans me prévenir m’a supprimé mes aides. Donc totale dépendance du jour au lendemain à mon conjoint. Pour récupérer le peu de dépendance financière, on a du se dé-pacser… Je me cache depuis presque trois ans, la boule au ventre de me faire griller et de ne plus pouvoir subvenir à mes petits besoins. »

Gladys, mère de 2 enfants de 13 et 15 ans, et malvoyante, a elle aussi perdu son AAH lorsqu'elle s'est mise en couple :

« Je touchais l’AAH quand j’étais seule, et du moment où je me suis mise en couple avec mon mari, au tout début où on s’est connus, tout de suite elle a été supprimée. Heureusement qu’à ce moment-là je travaillais, car j’aurai été sinon sans aucune ressource, et totalement dépendante d’un homme que je venais de rencontrer ! »

AAH ou vie de famille : ne plus devoir choisir 

Pour Clémentine, même son désir de maternité, pourtant très fort, est remis en question :

« Il y a déjà une appréhension à tomber enceinte à cause de mon handicap, malgré un très fort désir d’avoir un enfant. Mais en plus, si je n’ai plus aucune indépendance financière pour gérer et participer aux frais de mon bébé, d’un point de vue psychologique, c’est un désastre ! Cette loi est injuste, le statut d’handicapé est déjà difficile à assumer dans notre société "valide", avec cela nous sommes encore plus mis de côté. »

Gladys raconte que certains couples hésitent même à vivre ensemble pour pouvoir garder leurs allocations :

« Certaines personnes handicapées qui ont des conjoint.es n’osent même pas se mettre ensemble, et vont garder chacun un appartement, par peur de perdre leurs allocations, ils sont freinés dans leurs projections de fonder une famille ! »

Protéger les victimes de violences

On parle peu des violences conjugales envers les personnes handicapées. Pourtant, la vulnérabilité des personnes handicapées ne fait souvent que renforcer les risques. Si en plus, cette personne se voit privée de ressource, il est d’autant plus difficile pour elle de sortir d'une situation difficile. Gladys témoigne :

« Quand il y a des problèmes dans le couple c’est difficile. On parle beaucoup des violences conjugales mais peu des violences conjugales envers les personnes handicapées, qui sont complètement dépendantes de l’autre dans ce cas-là ! Sans aucune ressource, si le conjoint a en plus une emprise sur la personne, la dévalorise en lui disant qu’elle ne peut rien faire, qu’elle n’a pas de ressource, qu’elle dépend complètement de lui, cela sera très difficile de partir, elle va rester là dans un milieu très malsain. »

Pour une société plus juste

Hanane est mère de 2 filles de 11 et 5 ans. Cette maman, amputée des 2 jambes, raconte :

« Il y a le handicap qui tient un grand rôle dans notre vie, mais en plus devoir demander toujours à son mari, sentir qu’on est dépendante, ça pèse lourd sur les épaules. Toujours devoir demander de l’aide etc, ce n’est déjà pas facile, pour la personne handicapée mais aussi pour le conjoint. Alors imaginez si l’on n’a en plus aucune indépendance financière… Mettez-vous à notre place juste un petit moment : on a besoin de se sentir autonome, et déjà le handicap, ce n’est vraiment pas facile à vivre. »

Marion Cousin