france.tv

Pornographie : nos ados sous influence ?

4 min de lecture
Publié le 28.01.2022 à 13h59 
(mis à jour le 28.01.2022 à 14h00)

Dr Catherine Solano, médecin, sexologue et andrologue, répond à nos questions.

LMDM : De quelle manière et à quel âge faut-il aborder le sujet de la pornographie avec les enfants ? 

Si jamais ils en parlent, il faut l’aborder de toute façon ! Mais sinon, dès la primaire, car en maternelle c’est peut-être un peu tôt. Il faut anticiper, à partir de 6 ou 7 ans. En leur disant : « il y a des gens qui regardent des films avec des gens tous nus et ce n’est pas fait pour les enfants, c’est interdit car ça pourrait leur faire mal dans leur cœur ou dans leur tête. Si tu vois un film comme ça, il faut me le dire car ce n’est pas normal. Si un copain te dit de regarder ça, tu as le droit de dire non. » 

J’ai découvert que mon ado regarde du porno. Comment réagir ? 

Il faut leur interdire la pornographie, être ferme. Rappeler la loi : c'est interdit aux mineurs et tu es mineur, c’est mon rôle de t’interdire ça. On sait que quand on interdit à un enfant de fumer, il y a moins de chance qu’il fume par la suite ! On n’est pas dupe, ils vont certainement regarder une ou 2 fois. Mais leur donner une ligne directrice c’est important. Il faut aussi leur expliquer que ce n’est pas pour les embêter mais que c’est nocif, que ça ne leur fera pas de bien. Ils vont l’entendre et ça va rester. C’est important de leur dire pourquoi on interdit. Lui dire, je veux que tu sois heureux dans ta vie sexuelle et amoureuse. On pose un cadre. On peut dire aussi que dans la pornographie il y a des gens qui gagnent des milliards en exploitant d’autres personnes, et c’est une forme de prostitution. C’est très dégradant pour les femmes, ce n’est pas la vie réelle. On peut expliquer que dans la pornographie, on a l’impression que les femmes ont du plaisir car elles jouent un rôle, mais ce n’est pas la réalité. Qu’on souhaite à notre enfant une vie sexuelle dans la joie, l’amour, le respect de l’autre.

Ma fille de 9 ans a vu des images pornographiques. Quels peuvent être les risques à long terme ? 

Il y en a beaucoup : qu’elle soit choquée, pas bien. Le corps a une mémoire. On voit beaucoup de jeunes femmes qui souffrent du vaginisme. Un des éléments qui favorise ça, c’est la pornographie. Le corps quand il voit des choses horribles, il se ferme, il se dit qu’il n’a pas envie de vivre ça. Donc il bloque le désir, il peut bloquer la sexualité. Le risque, c’est aussi d’avoir des fantasmes pornographiques : au lieu d’avoir un imaginaire érotique basé sur des évènements de la vie réelle, que ça soit des images dans son cerveau comme ça.

La rédaction de La Maison des Maternelles