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PMA pour toutes : « L’horloge biologique tourne, et elle n’est pas en adéquation avec l’agenda parlementaire ! » (2/6)

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Publié le 24.06.2021 à 11h50 
(mis à jour le 06.07.2021 à 17h58)

LMDM consacre une série de portraits aux couples de femmes ayant recours à la PMA, malgré l’interdiction qui persiste en France. Aujourd’hui, Tatiana et Clémence nous racontent leur entrée dans la PMA, à Tours. 

« On s’est rencontrées sur les bancs de la fac, et depuis, on ne s’est jamais quittées ! » : c’est le sourire aux lèvres que Tatiana et Clémence me racontent leur rencontre. Ensemble depuis 8 ans, les 2 trentenaires parlent depuis déjà quelques années de fonder une famille. Clémence raconte :

« On a énormément discuté de notre désir d’enfant, de quelles valeurs on voulait transmettre, de la famille qu’on voulait fonder. »

Désireuses de devenir mères, les 2 femmes décident alors de se tourner vers la Belgique, avec l’idée de recevoir un don semi-anonyme. Mais le projet, trop couteux et contraignant, doit être mis de côté :

« Aux Pays-Bas, et dans quelques cliniques en Belgique, l’enfant peut avoir accès à ses origines à 18 ans, s'il le souhaite. C’était important pour nous. Mais malheureusement, c’est très compliqué, très cher. On a dû faire sans. »

Le couple n’abandonne pas pour autant son projet, et se tourne vers un don anonyme classique. En France, elles trouvent, grâce à leur réseau, un médecin qui accepte de les suivre, raconte Tatiana :

« On fait partie du milieu associatif et militant LGBTI, donc on a eu accès à une liste de médecins favorables à l’accompagnement des femmes en parcours PMA. Un couple d’amies nous a donné le nom d’une gynécologue donc ça a été plutôt facile pour nous. Par contre, quand on ne connait personne dans le parcours PMA ou LGBTI, ça peut être un parcours du combattant. Beaucoup de médecins ne savent pas encore que la PMA pour toutes n’est pas possible en France ! Certains acceptent de retranscrire les ordonnances, mais pas de les faire rembourser par la sécurité sociale, ce qui constituerait l’acte illégal. Il y a encore des couples qui se retrouvent avec, en plus de la FIV à payer, tous les médicaments à leur charge. Il faut arriver à trouver un médecin qui accepte de retranscrire les ordonnances et aussi de faire le remboursement de la sécu ! »

Une situation qui exclut les couples de femmes n’ayant pas les moyens de réaliser une PMA à l’étranger, dénonce Clémence :

« Il y a de grosses disparités entre les couples qui ont les moyens et les autres… Celles qui n’ont pas d’argent se tournent parfois vers une insémination « artisanale » alors que ce n’est pas forcément ce qu’elles veulent. Ça peut créer des problèmes juridiques, dans la famille, etc… »

Les 2 femmes, investies dans les milieux militants, ne comprennent pas que la France repousse, encore et encore, la loi sur la PMA pour toutes. « Ça fait 8 ans que les couples attendent ! » s’exclame Clémence. « Promettre des bébés au printemps prochain… on n’y croit pas ! » ajoute la jeune femme [NDLR : Le 4 mai 2021,Olivier Véran, ministre de la Santé, avait déclaré : "Il est possible que cet été, des premiers parcours de PMA se mettent en place, qui pourraient donner naissance à des premiers bébés au printemps prochain"]. Tatiana, juriste de métier, est également peu optimiste concernant les délais de mise en application de la loi :

 « Les délais d’application qui devront être mis en place seront longs. Ensuite, on devra s’inscrire dans le CECOS de notre département, la liste est déjà hyper longue : on va passer après des centaines de couple ! Il y a déjà des délais d’1 à 2 ans. On n’est même pas sûr, Clémence et moi, de pouvoir avoir accès à la PMA un jour. Peut-être les générations prochaines… Nous, on est la génération sacrifiée. »

Mais Clémence et Tatiana, comme plein d’autres, n’attendront pas : elles ne veulent pas sacrifier leur désir de fonder une famille en attendant une loi qui peine à voir le jour, dans un pays qui semble bien à la traine :

« Le sénat qui revient sur sa position 1 an après le vote, ça met en colère ! C’est un sujet politique, mais derrière il y a des couples qui attendent et qui ont envie de fonder leur famille. Les français considèrent que l’accès à la PMA pour toutes n’est pas un problème… il faudrait que les politiques ne l’oublient pas ! On en colères de devoir aller dans la rue pour réclamer que cette loi passe enfin. L’horloge biologique tourne, et elle n’est pas en adéquation avec l’agenda parlementaire ! »

Marion Cousin