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Perturbateurs endocriniens, fertilité et grossesse : quels dangers ? [vidéo intégrale]

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Publié le 16.03.2020 à 16h08 
(mis à jour le 03.07.2020 à 11h38)

Ils sont partout autour de nous et peuvent avoir de graves conséquences sur notre santé : les perturbateurs endocriniens. Quelles conséquences ont-ils sur nos organismes ? Une spécialiste, Dr Odile Bagot, vous répond.

Bisphénol, glyphosate, parabène… Vous avez peut-être déjà entendu parler de ces perturbateurs endocriniens. Ces molécules ou agents chimiques se nichent un peu partout dans notre environnement, chez nous ou dans les produits que nous ingérons. Pour autant, ils peuvent avoir des conséquences inquiétantes sur notre système hormonal et notre corps. Docteur Odile Bagot, gynécologue obstétricienne, dévoile ses découvertes dans l’ouvrage Perturbateurs endocriniens : La guerre est déclarée. 

Nous lui avons posé quelques questions concernant les conséquences des perturbateurs endocriniens sur la santé des femmes enceintes et des enfants. 

LMDM- Pouvez-vous nous rappeler ce que sont les perturbateurs endocriniens ? 

Odile Bagot – Le système endocrinien, c’est les ovaires, les testicules, les hormones sexuelles, le pancréas avec l’insuline ainsi que la thyroïde avec les hormones thyroïdiennes. Pour bien comprendre la perturbation endocrinienne, imaginez que c’est une histoire de serrure et de clé. Sur les récepteurs cibles, vous avez un récepteur aux hormones. Ça, c’est la serrure. Quant à l’hormone, considérez que c’est la clé de cette serrure. 

Les perturbateurs endocriniens, eux, sont des usurpateurs. C’est-à-dire qu’ils ressemblent à l’hormone. Ils vont se mettre dans la serrure et alors créer un dérèglement important !

Quelles conséquences peuvent avoir ces perturbateurs endocriniens sur une femme enceinte ? 

Pour vous donner un exemple, le bisphénol est un perturbateur endocrinien qui ressemble aux œstrogènes.  Quand une femme enceinte est confrontée au perturbateur au moment de la différenciation des organes sexuels du petit garçon, le perturbateur endocrinien va bloquer tout ce qui va en faire un petit garçon. Et à l’arrivée, on va retrouver certains dysfonctionnements comme des testicules qui ne sont pas assez descendus, des micro-pénis et surtout des hypospadias. L’hypospadias est une malformation qui se manifeste par l’ouverture de l’urètre dans la face inférieure du pénis au lieu de son extrémité. 

On assiste à de plus en plus de ces malformations chez les petits garçons dès la naissance ! Et c’est une des conséquences des perturbateurs endocriniens. En différé, ils peuvent aussi provoquer des cancers des testicules et réduire la fertilité.

Qu’est-ce qui vous a poussé, en tant que gynécologue, à vous intéresser aux perturbateurs endocriniens ?

À la base, je n’étais absolument pas spécialiste de ce sujet. J’en avais vaguement entendu parler. Mais dans mon métier, j’ai tout de même observé des choses étranges depuis le début de ma pratique. Par exemple, nous avons remarqué avec mes autres collègues que les jeunes filles avaient des seins beaucoup plus gros que leurs aînées. 

Nous notons également une augmentation phénoménale des cancers du sein. Il y a un rajeunissement des femmes touchées par cette maladie. Dans les années 1980, si l’on voyait une femme de moins de 45 ans atteinte par cette maladie, on en parlait pendant des semaines, c’était très rare ! Aujourd’hui, c’est monnaie courante. 

Mais ce qui me frappe le plus, c’est la perte de fertilité des hommes. Lors des tests de fertilité dans un couple, aujourd’hui, on demande à l’homme de faire un spermogramme, bien avant de tester sa conjointe !

Quelle est la différence entre les spermogrammes d’avant et ceux que vous recevez aujourd’hui ?

Lorsqu’avant nous recevions des spermogrammes, ils étaient en majorité très bons ! Il n’y avait pas de problème. Aujourd’hui, la situation est différente. Nous ne voyons plus de spermogramme normal ! À tel point que nous avons dû changer les normes ! Par exemple, nous avons retrouvé des spermogrammes des années 1930 et on les a comparé à ceux d’aujourd’hui. Il y a deux fois moins de spermatozoïdes aujourd’hui ! 

Comment se préserver de ces perturbateurs endocriniens ? 

Pendant la grossesse, je conseille aux femmes de se tourner vers les produits bio, de bien éplucher les légumes et éventuellement les faire tremper dans du bicarbonate. Il faut faire simple et ne pas acheter des produits déjà préparés. 

Il faut faire attention aux contenants et emballages. Notamment avec les contenants et emballages en plastique ! Et surtout on ne met pas à chauffer la nourriture dans les contenants en plastique !

À l’intérieur, la règle de base est d’absolument aérer l’espace. Il faut ouvrir les fenêtres !

Enfin, je conseille aux femmes en période préconceptionnelle, aux femmes enceintes et après l’accouchement de prendre quelques compléments nutritionnels : 

  • L’acide folique, recommandé à 0,4 mg,
  • De l’iode, car il va permettre un bon développement du cerveau du bébé,
  • Et du sélénium, un oligo-élément qui va combattre les métaux lourds. 
La rédaction de La Maison des Maternelles