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Parent transgenre : vos questions

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Publié le 23.09.2021 à 16h57 
(mis à jour le 23.09.2021 à 17h00)

Dr Serge Hefez est psychiatre et psychanalyste et dirige une unité de soin à la Pitié-Salpêtrière. Il répond à nos questions.

Dr Serge Hefez est également l’auteur du livre « Transitions, réinventer le genre », aux éditions Calmann-Lévy.

LMDM -Comme dans le cas de Claire, lorsque l’on fait une transition de genre après avoir eu des enfants, comment l’annoncer à ses enfants ?

Dr Serge Hefez - Le témoignage de Claire est très éclairant et je voudrais saluer son courage, car ce n’est pas facile, il y beaucoup de tensions autour de cette question. Son témoignage est fort car il montre bien comment on acclimate un enfant, petit à petit, à cette idée. S’appuyer sur des histoires, des contes, les dessins, c’est formidable. Car dans les contes, il y a des grenouilles qui deviennent des princes, des citrouilles qui deviennent des carrosses. Ces métamorphoses continuelles, des gens, des animaux, des genres, sont présents dans les contes. À partir du conte on peut raconter sa propre histoire.

Comment faire l’annonce de la transition d’un parent à un adolescent ? 

Chez les adolescents, il y a déjà des tas d’idées préconçues, avec parfois des ami.es qui ont pu leur transmettre certaines idées… Mais ce qui est quand même marquant aujourd’hui’ c’est que les enfants sont de plus en plus ouverts à ces questions de genre. Il y a aujourd’hui beaucoup de séries, de vedettes qui traitent de ces sujets. Ça les interpèle, et ça les intéresse, les questions de genre et de sexualité sont plus ouvertes que ce qu’on imagine, et donc les adolescents vont être prêts à recevoir ces informations. Ce n’est pas homogène mais il y a du progrès.

Je suis la maman trans d’un enfant de 9 ans. S’il a bien accepté ma transition de genre étant petit, je me demandais si en grandissant, il pouvait me rejeter (à l’adolescence, à cause des camarades etc) ? 

Oui, c’est une crainte fondée. Au moment de l’adolescence, on peut basculer d’un côté ou de l’autre en fonction des ami.es qu’on a. Cette maman a raison de surveiller ça. Il est possible que la crise d’adolescence, c’est-à-dire le moment où l’on rejette ses parents, devienne le prétexte aussi de tout cristalliser autour de la transidentité et de rejeter encore plus le parent. Ça demande beaucoup de délicatesse et de communication. Mais je vous rassure, une fois passée cette crise d’adolescence, en général, quand ils deviennent adultes ça se passe très bien.

Comment expliquer les changements physiques d’une transition à son enfant ? 

Je crois que c’est important d’expliquer à son enfant qu’au départ de la vie, quand on est un petit embryon, on est tous pareil, les garçons comme les filles, et qu’ensuite on se différencie fille et garçon. Comment ça se passe ? Il y a des hormones qui circulent dans le corps, et qui font que les seins poussent, etc, et que c’est ça qui marque la différence. On peut donc revenir en arrière avec des hormones et modifier le corps, pas totalement, mais jusqu’au point où on se sent plus à l’aise dans son corps.

Je suis la maman trans d’un enfant de 8 ans, séparée de la maman biologique. Avec la garde alternée, mon ex femme me mégenre et c’est très difficile quand notre fils revient à la maison. Comment faire ? 

Ca dépasse largement la question de la transidentité. Quand un couple est en crise et se sépare, chacun va prendre tous les prétextes pour placer l’enfant dans un conflit de loyauté et lui demander de choisir entre chaque parent. Et là, effectivement, la partie est belle ! C’est-à-dire qu’une personne en transidentité est dans une position de fragilité et l’autre parent peut l’utiliser, donc là aussi ça demande beaucoup de dialogue avec l’enfant, à se faire accompagner par un psychologue, ou un médiateur.

La rédaction de La Maison des Maternelles