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Parent à distance, comment garder le lien ?

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Publié le 10.03.2020 à 16h35 
(mis à jour le 13.03.2020 à 16h40)

Militaire, artiste, commercial, marin, il arrive que pour des raisons professionnelles, l’un des parents soit contraint de s’absenter plusieurs mois d’affilé. Comment créer et conserver le lien avec son enfant ? Comment chacun parvient-il à garder sa place au sein de la famille ? 

Catherine Aimelet-Périssol est psychologue et auteure de Ma Bible des émotions aux éditions Leduc.s. Elle nous donne des pistes pour gérer la distance d’un parent dans une famille. 

Créer le lien avec un bébé 

Lorsqu'un bébé voit très peu son papa par exemple, on peut se demander s’il reconnaît son odeur, son visage et sa voix à son retour. Cela dépend en fait de l’investissement qu’il y a pu avoir de la part du père pendant la grossesse, nous explique la spécialiste :

« Plus il y a eu d’investissement des parents, par exemple de l’haptonomie pendant la grossesse et le papa a beaucoup parlé au bébé, plus il y a de chance que l’enfant reconnaisse la voix, la vibration du papa quand il revient. Et en même temps : la rupture lors du départ du parent sera plus manifeste. Plus il y a eu de contact, plus la séparation sera palpable par l’enfant, mais le retour sera peut-être plus fluide. Quand il y a moins de contact, la séparation est moins pénible mais il y a un temps de redécouverte et de réappropriation au retour. »

Lorsque c’est la maman qui doit s'absenter, la question peut se poser de prendre ou non son bébé avec elle. C’est un choix qui peut être là encore à double tranchant : 

« Si elle s’en va, l’attachement va favoriser le père. Le lien père-enfant sera plus nourri, c’est formidable ! Mais la mère peut se sentir un peu en décalé, ça peut favoriser la crainte d’être « remplacée » par le père. Si elle prend son enfant avec elle ça peut être super : elle continue l’allaitement, le retrouve tous les jours. Mais le père n’est pas là. Après, dans les tous premiers temps du moins, l’absence du père est probablement un peu moins impactant pour l’enfant que l’absence de la mère : on peut privilégier la dimension plus archaïque qui est l’attachement mère-enfant qui n’est pas culturel mais biologique. Ils ont vécu 9 mois en osmose et le bébé s’y est habitué. »

Maintenir le contact à distance

Tout d’abord, avec les nouvelles technologies, il peut être tentant d’avoir recours à des appels vidéos entre le parent absent et les enfants. Si cela peut-être une bonne chose avec des plus grands, ce n’est pas approprié pour des tout-petits. Un bébé fonctionne sur un mode global, sur la relation de corps à corps, il n’a pas la compréhension de l’écran. Le téléphone a moins d’impact, mais certains enfants vont quand même se mettre à hurler quand l’appel se termine. D’autres solutions sont plus adaptées : 

  • Un objet du parent qu’on met sur la table de nuit de l’enfant par exemple (on peut le toucher, le mettre sous son oreiller).
  • Faire des albums photos.
  • Envoyer de vrais courriers avec des dessins.
  • Faire des « boîtes à cadeaux » avec des dessins, des collages, etc.
  • Un calendrier où l’on fixe la photo du parent à la date du retour.

Toutes ces petites actions permettent de lutter contre les coups de blues que peut ressentir l’enfant, mais aussi de maintenir la présence du parent dans la vie familiale. 

Le retour, une réadaptation nécessaire

Pour le parent qui revient, retrouver ses marques dans une famille qui a fonctionné sans lui parfois pendant plusieurs semaines peut-être compliqué. Certains enfants peuvent avoir tendance à bouder un peu pour montrer qu’ils ne sont pas contents que le père ou la mère soit parti. 

Pour celui qui reste, c’est également une réadaptation, pendant les absences, il ou elle a l’habitude de gérer sa famille et de prendre ses décisions de façon plus autonome. D’autant plus que lorsque l’autre revient, il est souvent en congé donc à temps plein à la maison. Cela peut-être difficile les premiers jours de retrouver un équilibre de couple :

« Il y a une perte quand le mari s’en va et une perte quand le mari revient. Il faut oser aborder ça et mettre des mots sur ce qui est perdu dans les 2 cas, or ce sujet-là est tabou. C’est la même chose pour le père qui part : il perd quelque chose en partant mais aussi en revenant, une forme de liberté par exemple. Il est important que les deux arrivent à nommer la perte du départ et celle du retour. »

La rédaction de La Maison des Maternelles