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Papillomavirus : vacciner les garçons aussi

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Publié le 25.01.2021 à 10h29 
(mis à jour le 25.01.2021 à 12h12)

Dès 11 ans, les jeunes garçons peuvent désormais se protéger contre plusieurs cancers liés au papillomavirus, et protéger, dans le même temps, leurs futur.e.s partenaires sexuel.le.s.

Depuis le mois de janvier 2021, une nouvelle étape a été franchie dans la prévention de certains cancers causés par les papillomavirus humains. Désormais un vaccin remboursé est mis à disposition de tous les adolescents : filles et garçons ! Une avancée majeure qui pourrait contribuer à éviter des milliers de cancers chaque année et à permettre de dégenrer cette vaccination qui était, auparavant, uniquement réservée aux jeunes filles.

Les papillomavirus sont des virus qui se transmettent par deux manières :

  • Transmission par voie sexuelle.
  • Transmission au moment de l’accouchement par les muqueuses de la mère, si le bébé naît par voie basse.

« 90 % des gens rencontrent le papillomavirus »

Ces virus touchent beaucoup de personnes. Il y aurait 290 millions de femmes dans le monde qui seraient porteuses d’un papillomavirus. Mais ils ne seront pas dangereux dans la plupart des cas. Cependant, ils peuvent aussi causer de graves cancers sans être détectés avant plusieurs années comme l’explique Hélène Péré, virologue à l'hôpital européen Georges Pompidou :

« Vous allez être infecté entre l’âge de 15 et 20 ans, quand la vie sexuelle démarre. À ce moment-là, soit vous créez des anticorps (la majorité des cas), soit dans 10 à 20 % des cas infectés il va se passer 10 à 20 ans avant le développement d’un cancer. Car le chemin est long entre l’infection et le développement du cancer. »

Le papillomavirus responsable de nombreux cancers

Si les papillomavirus ont longtemps été évoqués en ne pensant qu’aux femmes, le professeur Philippe Descamps, gynécologue-oncologue au CHU d’Angers, nous explique que c'est une erreur :

« L’homme est concerné pour lui et pour les autres. Entre l’âge de 17 ans et celui de 30 ans au moins 90% des gens rencontrent le papillomavirus. Nous n’avons donc pas le droit de jouer à la roulette russe. Vous avez eu le papillomavirus et moi aussi ! »

Car les hommes ont malheureusement un double risque s'ils sont porteurs du papillomavirus : ils peuvent le transmettre à leur partenaire ; ils peuvent développer un cancer. Cela peut avoir de graves conséquences, comme le rappelle Hélène Péré :

« Ce qu’il faut savoir c’est qu’environ 5 % de tous les cancers, quels qu’ils soient, sont liés aux papillomavirus. Les hommes peuvent développer des cancers de l’anus, oraux pharyngés… Et les études prouvent que l’homme a une sensibilité plus importante au virus que la femme et une immunité naturelle moins efficace. »

Objectif : stopper la transmission 

Il est donc urgent pour le professeur Descamps de vacciner, en France, tous les petits garçons. Mais aussi toutes les petites filles, car pour le professionnel il y a encore trop de méfiance de la part du grand public sur ce vaccin :

« J’entends souvent : "Je ne vais pas faire vacciner ma fille car on n’a pas assez de recul." Sachez que si ! À ce jour 420 millions de doses ont été distribuées. Les vaccins contre le papillomavirus sont totalement efficaces et pensez bien que tout cela est extrêmement surveillé. Et lorsque l’on commence à vacciner des populations et que l’on arrive à 70 voire 80 % de personnes vaccinées, comme en Australie, le virus circule moins. Et la maladie peut disparaître. »

Le spécialiste est convaincu qu’il faut que la France rattrape son retard et que les enfants soient vaccinés. Pour les garçons le vaccin se présente en 2 injections s’ils ont entre 11 et 14 ans ou on 3 injections s’ils ont entre 15 et 19 ans. En ne faisant plus des hommes des porteurs de virus, on protège ainsi leurs partenaires sexuels et on les protège contre de graves cancers.

Elia Dahan