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Obésité infantile : comment aider son enfant ?

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Publié jeudi dernier à 11h37 
(mis à jour jeudi dernier à 11h46)

Pr Chantal Stheneur est pédiatre, médecin de l'adolescent, à la Fondation Santé des Étudiants de France. Elle répond à nos questions sur l’obésité infantile.

LMDM - On le répète depuis plusieurs années, l’obésité n’est pas un manque de volonté mais une maladie chronique. Est-ce que vous nous préciser à partir de quel poids on peut parler d’obésité ? 

Pr Chantal Stheneur : On parle d’index de masse corporel, qui est un rapport entre le poids et la taille. Cet index a un pic vers 1 an, puis diminue jusqu’à l’âge de 6 ans et ça réaugmente progressivement. Il y a des courbes, et c’est en fonction de ces courbes qu’on peut définir si l’enfant est en surpoids ou en obésité.

Si mon enfant en surpoids préfère perdre du poids seul, est-ce dangereux ? 

Ce n’est pas forcément dangereux, mais risqué. Il y a beaucoup de risque de l’enfant perde du poids avec des techniques qui ne sont pas les bonnes, notamment les régimes restrictifs. On sait que ces régimes entraînent un yoyo, une reprise de poids : ça a un effet délétère. Tout comme le sport à outrance, entre autres. On peut faire confiance à son enfant, mais il faut avoir conscience des risques.

Comment réagir si son enfant présente un surpoids ou une obésité ? À qui s’adresser ? 

Il faut voir son médecin généraliste. Il va faire une analyse complète de ce qu’il se passe : analyser la courbe de poids, l’index de masse corporel. Il va se demander à quel moment il y a eu une prise de poids : est-ce que c’est depuis petit ou est-ce que ça a commencé après ? Y-a-t-il eu des événements de vie ? Ça peut être un symptôme de quelque chose d’autre : souvent il y a un déclencheur. C’est le médecin qui va faire cette analyse et qui va pouvoir voir les actions à mener. Après généralement la prise en charge est multidisciplinaire. 

Mon enfant a des problèmes de poids qui le rendent malheureux. Mais quand je lui en parle et que je le conseille sur son alimentation, il m’envoie balader. Faut-il consulter un psy ? 

Il faut commencer par le médecin traitant, qui pourra éventuellement amener l’enfant petit à petit à accepter un travail avec un.e psychologue. Ensuite, ça dépend de la façon dont on le présente. Si on dit à son enfant : « Va voir la psychologue, tu as un problème car tu es gros.sse » ça ne va pas marcher ! En revanche, on peut dire : « Je reconnais ta souffrance, pas parce que tu es gro.sse, mais je vois qu’on s’est moqué de toi, tu peux discuter de ça avec un psychologue » : ça passe beaucoup mieux. 

Mon enfant, obèse, est souvent victime de moqueries. Comment le soutenir au mieux ? 

Un enfant puis un adolescent obèse va avoir une avance au niveau de sa puberté. C’est hormonal en lien avec l’insuline et l’hormone de croissance. Chez les filles, elles vont avoir des seins qui vont pousser beaucoup plus tôt. Ça va aussi être une source de moquerie, de harcèlement. Donc ils vont être mis en difficulté à l‘école. Toute la relation aux autres qui est extrêmement importante à l’adolescence est complètement perturbée par cette pathologie chronique qu’est l’obésité. De plus, les regards des hommes peuvent changer et une fille peut se sentir mal à l’aise car cela renvoie à des choses qu’elle n’est pas prête à recevoir. On peut en discuter avec son enfant, voir ce qui le rend mal à l’aise et lui expliquer que ce sont les regards sur lui qui ne sont pas normaux, pas lui.

La rédaction de La Maison des Maternelles