france.tv

Mort subite du nourrisson : le témoignage d'une mère

5 min de lecture
Publié le 30.09.2020 à 14h43 
(mis à jour le 08.10.2020 à 13h34)

Julie a perdu son fils Léo, alors âgé de 4 mois, il y a maintenant 3 ans. Elle a accepté de revenir sur ce drame qui a bouleversé sa vie.

Julie et Charles, parents du petit Lohan, 4 mois et demi, ont perdu leur premier enfant, Léo, il y a 3 ans. Âgé à peine de 4 mois et né d’une PMA, Léo est décédé d'une mort subite du nourrisson, alors qu'il était chez son assistante maternelle. Julie, qui a raconté son parcours et son deuil dans un livre intitulé Mon étoile Léo, a accepté de revenir sur cet évènement qui a bouleversé sa vie et celle de son conjoint.

LMDM : Comment se sont passés les premiers mois avec Léo ?

Julie - 13 Novembre 2017, la première rencontre formidable. C’était beaucoup d’émotion. Je pense que c’était vraiment les termes : magique et bouleversant de pleins de sentiments comme toutes les mamans pourraient dire. Ensuite il y a eu un Noël magique parce qu’il y avait Léo, parce qu’on s’est tous retrouvés ensemble et que ce n’est pas forcément toujours le cas. Et en plus Charles m’a fait une demande en mariage avec Léo dans les bras.

Arrive ensuite cette date horrible du 26 Mars. Vous vous souvenez des derniers mots que vous avez dit à Léo en partant le matin ?

Je lui ai dit je t’aime. Et je me raccroche beaucoup à ça parce que dans mon malheur, j’ai eu la chance d’avoir ces derniers mots pour mon fils.

Comment avez-vous été mise au courant de sa mort ?

J’ai eu Charles au téléphone et j’ai juste entendu : « Léo ne va pas bien, viens chez l’assistance maternelle » et j’ai raccroché. Tout s’est enchaîné, je pense qu’il y a encore beaucoup de choses qui restent encore floues. Je savais très bien ce qui se passait parce que, quand un enfant est tombé, on nous dit que notre enfant est tombé. Et là, c’était juste que votre enfant ne va pas bien. J’ai sommé la médecin qui était présente de nous dire ce qu’il se passait, de ne pas passer par quatre chemins, je ne voulais pas avoir une once d’espoir s’il n’y en avait pas. Elle nous a dit que Léo était en arrêt respiratoire et malheureusement depuis trop longtemps.

Avez-vous vécu tout ça de la même façon avec Charles, dans les minutes, les heures et les jours qui ont suivis ?

Dans les minutes qui ont suivies on s’est écroulé contre un mur. Après on nous a proposé de voir Léo. Là j’ai réalisé ce qu’il se passait et je me suis dit qu’on ne pouvait pas craquer tous les deux en même temps. Je me suis dit qu’on allait avoir pleins de décisions à prendre et qu’on allait devoir faire pleins de choses absolument abominables et dures, mais j’ai tout de suite eu ce sentiment que je ne voulais rien regretter. Je me suis dit que j’allais gérer pour deux et puis plus tard c’est Charles qui va gérer pour deux, et on a alterné comme ça les premières semaines.

Vous avez préparé une cérémonie d’enterrement, vous avez écris un texte. Vous avez réussi à le lire ?

Oui, j’ai réussi à le lire. C’était primordial. Je me suis dit que ces instants, nous n’allions pas les revivre, heureusement, mais que je ne voulais pas avoir de regrets parce que c’était des choix, des décisions et des mots qu’on allait figer dans le temps. Et en plus on a eu la chance d’avoir énormément de personnes ce jour-là et je voulais vraiment leur dire à tous à quel point j’aimais mon fils.

Ça vous a fait du bien de préparer quelque chose de spécial pour lui ?

Ça nous a fait du bien. On ne voulait pas que la salle où on allait faire la cérémonie soit glauque, parce qu’on ne voulait pas que le mot glauque soit assimilé à Léo. Donc on a décoré avec des nuages, des petits papillons, des pétales, des photos. Il y avait de la douceur, j’avais l’impression que c’était un câlin géant. La salle était remplie, à tel point qu’il y avait aussi beaucoup de gens à l’extérieur et je me rappelle que pendant que je parlais je ne voulais vraiment pas que mes yeux tombent dans les yeux de quelqu’un d’autre parce que j’avais peur de m’écrouler.

En vivant si peu de temps avec son enfant, on peut se demander si on a bien été parents. Est-ce que c’est quelque chose qui vous a fait réfléchir ?

Quand on est allé à l’hôpital dans le service avec Léo, j’ai demandé à la psychologue s’il y avait un mot qui nous définissait et elle nous a dit que non, malheureusement il n’y avait pas de mot qui existait pour définir un parent qui perd un enfant. On est beaucoup à s’appeler des ‘paranges’. Moi j’aime bien ce terme. Quelques semaines après, quand j’ai réalisé que j’étais quand même sa maman et que rien ni personne, ni même la mort, ne pouvait m’enlever ça, j’ai un peu soufflé. Je me suis dit que j’allais vraiment porter ça et que ça allait me porter en retour parce qu’on sera toujours ses parents quoi qu’il se passe.

Votre famille a-elle été présente ?

On a été entourés, on l’est toujours, par notre famille et nos amis qui sont notre deuxième famille. Et je leur rend tous hommage évidemment. J’ai appelé mes deux frères instinctivement. Mon frère cadet, je lui ai demandé la chose la plus horrible du monde, je lui ai demandé d’aller avertir nos parents. Je ne voyais pas comment appeler mes propres parents. J’avais l’habitude de les appeler pour leur dire des choses positives, l’évolution de Léo, et les appeler en leur disant qu’il était mort c’était inconcevable, impossible.

Dans votre livre vous écrivez que « la vie l’emporte toujours ». Quels étaient vos projets ensuite ?

Pendant les derniers instants avec Léo, on lui a promis qu’on irait bien et qu’il serait grand frère, un rôle important pour nous. La première année est vraiment la plus dure parce qu’il y a toutes les premières fois. À partir de la deuxième année on a quand même un second souffle. Après le mariage on s’est dit qu’on allait reprendre tout ça et j’allais commencer un traitement PMA quand j’ai réalisé que j’étais enceinte. La vie l’emporte toujours. 

Vous parlez de son grand frère à Lohan ?

On lui raconte par exemple des choses qu’on a pu vivre qui sont un peu similaires ou pas. Là par exemple on vient de passer un cap assez important, l’âge qu’avait Léo le jour de son décès. Lohan a passé ce cap mardi (NDLR : mardi 29 septembre) donc c’est tout récent. C’était à la fois un soulagement parce que cette date est passée, il n’y aura pas de seconde fois. Mais on se dit aussi que ça va être à la fois pleins de nouvelles découvertes pour nous en tant que parents mais aussi pleins de choses qu’on aura pas vécu avec Léo. Quand il y a des moments de flottement je plonge mes yeux dans ces grands yeux bleus et tout s’émerveille à nouveau. Et la vie l’emporte toujours.

La rédaction de La Maison des Maternelles