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Mon frère souffre de schizophrénie

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Publié le 10.02.2022 à 14h58 
(mis à jour le 15.02.2022 à 11h29)

Gringe, comédien et rappeur, revient sur l’histoire de son frère Thibault, diagnostiqué schizophrène en 2001.

L’enfance

Gringe n’a que deux ans d’écart avec son petit frère, Thibault. Les 2 garçons étaient très proches quand ils étaient enfants, se souvient-il : 

« Nous étions tout le temps ensemble, on avait les mêmes copains, nous étions dans la même école. J’étais très protecteur avec lui, limite j’avais un instinct « paternel » mais je pense que c’est lié à l’éducation que nous avons eue. »

À l’adolescence, les 2 frères sont moins fusionnels, mais toujours proches, chacun s’affirme.Thibault ne présente pas de signes avant-coureurs de troubles psychiatriques. 

L’annonce de la maladie

Thibault commence à expliquer à ses parents qu’il a du mal avec le cadre scolaire, qu’il s’y sent oppressé, et a des difficultés à suivre les cours. Sa première vraie crise de schizophrénie se déclenche à 19 ans :

« Nous étions dans notre maison quand ma mère a reçu un appel de mon frère. Il lui demandait de venir le chercher, car il entendait des voix parasites. »

Thibault consulte des psychiatres, qui lui disent qu’il s’agit de schizophrénie, mais sans donner de réelles explications :

« Le diagnostic était très opaque. Les médecins n’ont pas dit à ma mère d’où cela venait, comment faire, quels soins, etc. Mon frère a fait un peu d’hôpital psychiatrique. J’ai encore en mémoire des moments où j’allais le chercher, à l’hôpital psychiatrique à Caen. Cette espèce de blocus d’après-guerre, sordide, dans lequel on sédate les patients. » 

À l’annonce du diagnostic de son frère, Gringe ne veut pas y croire, il passe par un phase de déni, avant de se rendre compte de la réalité et du grand bouleversement que cela va être.

Apprendre à vivre avec la maladie

Après le diagnostic, Thibault passe par une multitude d’instituts et cliniques, mais sans réelle prise en charge, et sa vie bascule dans une frénésie d’aventures :

« Thibault, tout comme moi, est un électron libre. À cette époque, il baroude un peu partout, il voyage à l’étranger, il écrit. » 

Pendant 2 ans, Gringe voit très peu sa famille, installée dans le sud, alors que lui vit à Caen. Une façon pour lui de se protéger : 

« On ne fait que se croiser à ce moment-là. J’essaye de loin de comprendre sa réalité, mais elle est très imperméable. Il m’accepte de temps en temps, quand je descends le voir. Mais je me rends compte que c’est très compliqué de l’appréhender dans sa nouvelle réalité. »

Un livre à 4 mains

Dans son livre publié en 2020 « Ensemble, on aboie en silence » et écrit à 4 mains avec son frère, Gringe évoque le syndrome du survivant, un sentiment de culpabilité :

« En tant qu’aîné, j’avais ce rôle paternalisant avec mon frère. Je me pose la question, encore aujourd’hui : est-ce que je n’ai pas été trop dur, ou au contraire trop coulant ? Je me sentais responsable de lui, donc j’ai beaucoup culpabilisé. » 

Dans cet ouvrage, Gringe évoque également le regard des autres sur cette maladie, parfois difficile à supporter :

« On peut lire sur le visage de Thibault les stigmates de la maladie, donc ça inquiète énormément par moment l’entourage. Ça déphase complètement : un gamin qu’on a vu grandir, et qui change du jour au lendemain, on ne sait plus comment se situer, comment adapter son discours, son comportement, rassurer, comment ne pas juger. » 

Aujourd’hui, à 38 ans, Thibault va mieux, et notamment grâce à l’écriture du livre :

« Depuis la sortie du livre, il y eu un regain de son côté de faire des choses. Ça a été valorisant, il y avait des retours positifs où l’on saluait son courage, son implication. Ça lui a permis de lever le voile qu’il avait fait de tabou lui aussi. Il vivait à l’écart des regards curieux et potentiellement juges. Ça lui a fait du bien de normaliser, de retrouver un peu sa dignité bafouée. »

La schizophrénie touche près d’une personne sur cent en France et pourtant elle reste l’une des maladies psychiatriques les plus taboues de notre société. Aujourd’hui, il existe de nombreuses structures d’aide aux familles, comme L'UNAFAM-Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques ou encore La Maison Perchée, dont Gringe est le parrain.

La rédaction de La Maison des Maternelles