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Mon enfant est anorexique

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Publié le 02.10.2020 à 15h56 
(mis à jour le 05.10.2020 à 13h39)

Selon l’Association Anorexie Boulimie, les TCA (trouble de comportement alimentaire) constituent la deuxième cause de mortalité prématurée chez les 15-24 ans.

Le pédopsychiatre Philippe Duverger tient à rappeler que cette maladie, désormais bien connue, n’en reste pas moins grave et à prendre au sérieux.

« Ça nous suit tout au long de notre vie »

L’anorexie mentale peut commencer dès l’âge de 8 ans, même si l’apparition des premiers signes arrivent en général au moment de la puberté. Pour ce qui est de la durée moyenne de la maladie, les cas sont variés, comme précise le Dr Duverger :

« En moyenne, ça dure 4 ou 5 ans. Mais ça peut durer 6 mois, avec des anorexies qui vont se résoudre assez vite, notamment chez les jeunes étudiants. Une anorexie mentale peut aussi durer 30 ans. »

Invitée sur le plateau de La Maison des Parents, Léa, 22 ans et anorexique depuis l’âge de 12 ans, précise qu’une personne guérie de l’anorexie en garde certaines séquelles :

« Je pense que c’est quelque chose qui nous suit tout au long de notre vie malgré tout. C’est un long combat. »

L'importance de consulter rapidement

L’anorexie a bien évidemment un impact sur le corps avec la perte de poids, mais Philippe Duverger explique que les conséquences peuvent aller bien plus loin :

« L'anorexie a une incidence sur la croissance, sur le corps, sur les ovaires, sur la fertilité, sur les os. À la puberté, parce que finalement ça arrive à ce moment-là, le corps se transforme et donc tout ça va être touché par la dénutrition. Donc oui, ça a une incidence plus ou moins importante. »

Si vous apercevez les premiers signes de l’anorexie chez votre enfant, la première chose à faire est d’en parler avec lui. Mais ne parlez pas directement d’anorexie. Ensuite, si le dialogue est une source de conflit, le pédopsychiatre recommande l’aide d’un médecin ou d’un spécialiste :

« Il ne faut pas surréagir. Il faut consulter assez vite pour que les parents ne soient pas seuls. Il ne faut pas attendre que ça devienne le tsunami à la maison. On peut commencer avec le médecin de famille ou le médecin traitant. Je pense que maintenant l’anorexie est bien connue, il y a des recommandations de l’HAS (Haute Autorité de Santé). C’est vraiment très connu donc le médecin connait, on ne va pas passer à côté. »

50% des personnes souffrant de TCA ne bénéficient pas d’une prise en charge médicale. S’il est difficile de parler d’anorexie avec les personnes atteintes, c’est notamment parce qu’ils ont souvent honte de cette maladie et de leur corps :

« C’est pour ça que l’enfant cache son corps, c’est pour ça qu’il ne veut pas qu’on le voit, qu’on en parle. Ce n’est pas du tout une folie ou un caprice, c’est vraiment une contrainte obsessionnelle qui va les envahir avec des angoisses massives. »

90% des anorexiques sont des filles

Cette obsession pour son corps et pour son poids est peut-être due aux médias, et plus généralement la société qui véhicule une image de la femme bien loin de la réalité. Ce qui explique peut-être que 90% des anorexiques sont des filles, explique le Dr Duverger : 

« Je pense que les jeunes filles ont une façon d’exprimer la souffrance qui est différente de celle des garçons. Le garçon va être beaucoup plus dans d’autres attaques du corps, d’autres dépendances, d’autres addictions. Ce sont souvent les drogues et pas du côté du plaisir, du côté de la destruction. Et puis il y a le facteur culturel : dans notre société, dans les médias, quand on voit les mannequins homme et femme, ce ne sont pas les mêmes. »

La rédaction de La Maison des Maternelles