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Mes règles sont-elles trop abondantes ?

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Publié le 29.11.2019 à 11h56 
(mis à jour vendredi dernier à 15h20)

Le professeur Hervé Fernandez, gynécologue obstétricien, nous éclaire sur cette pathologie qui est un réel problème médical.

Fatigue, gêne, anémie... Le problème des règles abondantes est loin d'être anecdotique et concernerait 20 à 30 % des femmes, tout en affectant leur quotidien. 

Le professeur Hervé Fernandez, gynécologue obstétricien et chef du service de gynécologie obstétrique de l'hôpital Bicêtre, a mené une grande enquête sur le sujet pour analyser la prise en charge de 88 000 femmes, traitées contre ces maux. 

LMDM - Est-ce que le problème des règles abondantes concerne toutes les femmes ?

Hervé Fernandez - C’est le premier motif de consultation en gynécologie chez les femmes entre 35 et 50 ans. On sait que cela concerne, en gros, 20 % des femmes. Sauf que, comme la douleur, la quantité de saignement est un peu ignorée. Il faut donc sensibiliser l’ensemble du monde médical. Quand une femme va consulter son médecin généraliste pour lui dire qu’elle se sent fatiguée par exemple, il faut toujours que ce dernier lui demande : "Quelle est votre quantité de perte de sang pendant vos règles ?". Car la conséquence immédiate, c’est l’anémie, la fatigue, peut-être le sentiment de ne pas être bien dans son corps… On s’habille également de manière différente, et la sexualité est souvent en berne.

On parle de règles abondantes à partir de combien de tampons ou serviettes par jour ?

Tout dépend de comment les femmes se changent. Si elles attendent que ça déborde ou si elles le font dès qu’il y a 3 gouttes de sang. C’est pour cela que c’est difficile à quantifier. Mais on va dire que sur un tampon ou sur une serviette, c’est maximum 3 par jour. 

Existe-t-il un moyen de quantifier les pertes de sang ?

Pour une femme c’est très difficile de se rendre compte de ce qui est totalement subjectif, hormis seulement le faible pourcentage de femmes qui utilisent des cup. Il m’arrive en consultation de recevoir une femme qui arrive avec son bocal en me montrant exactement la quantité de sang qu’elle a perdu lors de ses dernières règles.

Voilà pourquoi il y a maintenant presque 30 ans, une gynécologue écossaise, Jenny Higham, a créé une grille toute simple pour que les femmes évaluent leurs pertes, qu’elles utilisent des tampons ou des serviettes. Une femme sait quand elle se change si le tampon ou la serviette est complètement ou partiellement imbibé de sang. Elle met alors un petit bâtonnet dans chaque case.

Ensuite, nous professionnels, pouvons faire un bilan avec cette grille pour évaluer les pertes de la patiente. Cette approche qui paraît basique est en fait assez sensible et approxime au mieux une vraie quantité de perte de sang.Score Higham

Quels traitements existe-t-il ?

L'important, c'est de se demander : comment on traite le mieux ? Souvent, ce sont des techniques qui sont simples.

Pour les femmes qui n’ont pas de désir d’enfant, le meilleur traitement est la mise en place d’un dispositif intra-utérin (stérilet) à la progestérone, qui marche 2 fois sur 3 [NDLR: le traitement est également recommandé pour les femmes qui souhaitent avoir un enfant ultérieurement].

Quand ce traitement ne marche pas, on va proposer une destruction de la muqueuse. Celle qui part, qui saigne, au moment des règles. Et pour cela on va utiliser soit des ballonnets, soit des techniques de radiofréquence. Ce sont des sortes de petits filets que l’on va ouvrir dans la cavité utérine. C’est une petite chirurgie qui dure 2 ou 3 minutes et qui a 90 % de bons résultats. 

La deuxième étape c’est d’utiliser un hystéroscope. C’est une optique que l’on met dans la cavité utérine et qui nous permet, sous contrôle de la vue, de retirer les muqueuses.

Après les enquêtes que vous avez menées, pouvez-vous nous dire quelle est la réalité de la prise en charge des règles abondantes actuellement ?

Dix ans après les recommandations que nous avions établi, nous avons fait une étude pour voir si les médecins français suivent ces recommandations. Résultat des courses : 1 femme sur 3 a une hystérectomie, qui est totalement inutile dans la majorité des cas. 1 femme sur 3 passe dans un bloc opératoire pour avoir un curetage, totalement inutile aussi. En résumé, il n’y a qu’un tiers des femmes qui reçoit un traitement correct !

à noter

Si vous avez besoin d'informations supplémentaires ou de conseils pour la prise en charge de votre pathologie, vous pouvez consulter le site du docteur Hervé Fernandez : https://regles-abondantes.fr.
La rédaction de La Maison des Maternelles