france.tv

Ma fille est décédée du syndrome du bébé secoué

5 min de lecture
Publié le 24.01.2022 à 13h41 
(mis à jour le 24.01.2022 à 16h38)

Marie, maman de Rose, décédée à 5 mois en 2018 après avoir été secouée par son assistante maternelle, témoigne pour LMDM. 

Chaque année, entre 400 et 500 bébés seraient victimes du Syndrome du Bébé Secoué (SBS), une maltraitance qui peut entraîner des séquelles neurologiques graves et irréversibles chez l’enfant, et la mort dans 20% des cas. C’est le drame qu’a vécu Marie en 2018, alors qu’elle était la jeune maman comblée de Rose, une petite fille de 5 mois. Aujourd’hui maman d'Iris (2 ans) et Lila (15 mois), Marie témoigne de son combat et de l’importance de parler de ce sujet crucial.

Quand l’impensable se produit

En décembre 2017, Marie accouche de Rose, son premier enfant. Très vite, la question du mode de garde se pose pour la reprise du travail. Rose est gardée par une assistante maternelle, mais qui ne peut pas la prendre en charge le mercredi. Les parents se tournent alors vers une autre assistante maternelle, conseillée par une connaissance. La nounou a 10 ans d’expérience en crèche, de très bonnes références, Marie et son conjoint acceptent de lui confier Rose. Leur bébé ira quatre mercredis de suite chez cette assistante maternelle, mais le cinquième mercredi, l’impensable va se produire.  Alors qu’elle est au travail, Marie reçoit un coup de téléphone de son mari :

« J’étais au travail lorsque mon mari m’appelle pour me dire qu’il vient d’avoir un médecin au téléphone et que notre fille partait pour l’hôpital Necker. À ce moment-là, je ne comprends pas ce qu’il me raconte, j’étais accablée de questions, pourquoi allait-elle à Necker ? Ce n’était pas normal, si elle avait été transportée à Necker, c’est que c’était très grave Sur le chemin, j’ai tenté de joindre plusieurs fois la nourrice qui n’a pas répondu à mes appels. »

En arrivant à l’hôpital Necker, la maman et son conjoint attendent des heures avant d’avoir des réponses à leurs questions. Un médecin du SAMU leur confirmera que lorsque Rose a été prise en charge, elle était inconsciente, et que son état de santé ne correspondait pas à ce que la nounou leur avait communiqué, à savoir, que Rose aurait fait une chute. 

Le syndrome du bébé secoué avéré

Après des heures interminables d’attente, les médecins sont formels, Rose a été victime du syndrome du bébé secoué. Son état de santé est préoccupant. Un signalement juridique est transmis au procureur de la République : 

« En tant qu’infirmière, je savais très bien ce qu’était que le syndrome du bébé secoué. C’était très grave. Le pronostic vital était engagé, les médecins étaient très pessimistes. Le monde s’est écroulé. Pendant les douzaines d’heures qui ont suivi, on tentait de garder espoir. Que le pire n’arrive pas. Mais dans la nuit qui a suivi, j’ai demandé à voir les clichés des examens. J’ai alors compris que c’était fini, le cerveau était touché. Nous savions qu’il n’y avait plus d’espoir. On a accompagné notre fille jusqu’au bout. Elle était entrée à Necker le mercredi, le vendredi, on a décidé, avec le corps médical, d’arrêter les machines, et elle est décédée très rapidement. »

Le combat pour que justice soit faite 

Après le décès de leur petite fille, les parents de Rose cherchent les réponses. Ils apprennent plus tard que Rose a été maltraitée, secouée, et que la petite fille était décédée de ces maltraitances. Les parents font bloc pour tenir le coup : 

« Nous avions fait une promesse à Rose : que justice soit faite, qu’on fasse la lumière sur ce qu’il lui était arrivé, et nous lui avions promis qu’elle serait grande sœur. Et ça nous a permis de tenir. On a décidé qu’il fallait avancer, pour Rose. On a décidé d’avoir des enfants de nouveau. »

En juin 2018, l’assistante maternelle est mise en examen et emprisonnée. Le procès a lieu plusieurs années après, en mai 2021. Une épreuve supplémentaire pour toute la famille : 

« Au moment du verdict, nous étions avec nos parents et nos proches dans la salle, on se tenait tous la main. Le juge a dit que la nourrice était reconnue coupable des faits qui lui étaient reprochés. Avec une peine de prison de 15 ans, un suivi socio-judiciaire de 3 ans. Et là pour nous, c’est le soulagement. La justice, l’État reconnaît enfin que ma fille est victime et fait quelque chose contre la personne qui a commis ce meurtre. J’étais soulagée, 15 ans pour ce genre d’affaires c’est très long comme peine. »

Aujourd’hui Marie et sa famille tentent de reprendre le cours de leur vie. La jeune maman en témoignant a un message à faire passer : 

« À tous les futurs parents, il ne faut pas hésiter à en parler, poser des questions. Le syndrome du bébé secoué, ce n’est pas que dans les faits divers, et c’est important de s’en rendre compte. Il faut en parler aux jeunes mamans, en parler autour de soi. »

Parents, pour retrouver davantage de conseils, vous pouvez vous rapprocher de l’association Stop bébé secoué. Et pour les professionnels, l’association Les maux les mots pour le dire. 

 

La rédaction de La Maison des Maternelles