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Les secrets du cerveau du bébé

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Publié le 27.06.2019 à 14h40 
(mis à jour le 18.07.2019 à 10h00)

La capacité des bébés à intégrer des connaissances est énorme. Ghislaine Dehaene-Lambertz, neuro-pédiatre, nous éclaire sur le fonctionnement et le développement de leur cerveau.

LMDM – Quelles sont les caractéristiques du cerveau d’un bébé ?

Ghislaine Dehaene-Lambertz - Le cerveau d’un bébé pèse environ 400 grammes (pas plus gros que celui d’un chimpanzé). À l’âge adulte, il fait 1,4 kg. À 1 an, le cerveau du bébé a déjà triplé de volume et à l’âge de 5 ans, il a quasiment le poids d’un cerveau d’adulte. Avant d’avoir tous les instruments pour observer le cerveau des bébés (électroencéphalogramme et IRM) on pensait qu’il était une sorte d’éponge, qui, à la naissance, était passif et maturait lentement en fonction de son environnement. Aujourd’hui, on sait que le cerveau d’un bébé est aussi bien organisé que celui d’un adulte. La zone du langage est déjà installée dans l’hémisphère gauche. Après, il faudra qu’il apprenne. Un enfant à qui on ne parle pas ne parlera pas.

Comment le cerveau grossit ?

Dès la naissance vous avez des milliards et de milliards de neurones. Et cela ne pousse pas… On va plutôt en perdre à partir de là. Ce qui augmente le volume du cerveau chez l’enfant, c’est que les neurones se connectent de plus en plus entre eux. Le cerveau, c’est comme un grand plan de ville où au début il y aurait les routes principales et, peu à peu, viendraient se créer des raccourcis pour aller d’un point à l’autre. Pour que les différentes parties du cerveau travaillent ensemble et que l’information soit traitée de plus en plus rapidement, il y a une matière qui s’appelle la myéline. C’est cette myéline qui entoure les fibres des neurones comme un sparadrap qui fait accroître la taille du cerveau.

Comment se développe-t-il ?

La première année, le cerveau se développe au niveau sensoriel. C’est comme s’il analysait le monde alors que les 6 premiers mois, il n’est pas capable encore d’interagir avec. À la fin de la première année, il connaît les sons de sa langue, la mélodie de la langue, son babillage est affecté par la langue maternelle. À partir de la deuxième année de vie, il est capable d’être choqué par une tournure grammaticale incorrecte. Par exemple, on lui soumet la phrase : « Je prends la fraise. » Il comprend. Si je lui soumets : « Je la fraise. » Il est surpris. Il a donc intégré la syntaxe d’une phrase sujet-verbe-complément.

Faut-il avoir un régime particulier pendant la grossesse pour le bon développement du cerveau ?

Il faut veiller à avoir une alimentation équilibrée avec toutes les vitamines, notamment la vitamine B1 nécessaire pour le cerveau. Mais surtout ce qu’il faut redire, c’est qu’il ne faut pas boire d’alcool. C’est très toxique pour le cerveau, c’est la première cause de retard mental chez le nouveau-né. Donc si on veut un bébé, pas d’alcool pendant 9 mois. Pour le lait maternel, bien sûr, c’est celui de l’espèce humaine, donc le plus adapté mais je ne veux pas entrer dans ce débat et culpabiliser les mamans qui n’allaitent pas. Les laits infantiles essaient de s’approcher au maximum du lait maternel.

S’il a subi des dégâts, est-ce que le cerveau du bébé peut se réparer ?

Oui le cerveau du bébé est plus plastique. Il est en train de se construire. Un cerveau qui a souffert in utero ou à la naissance, ou un bébé qui a une maladie génétique (trisomie) va se construire avec moins de briques. Mais en revanche, on peut tout-à-fait, si l’on agit tôt, l’aider à construire une maison solide. Et puis, chose importante, on le voit chez des enfants autistes ou dyslexiques, parfois les apprentissages à l’école ne décollent pas pendant des années, et puis d’un coup à l’adolescence, parce qu’il y a des réorganisations cérébrales à ce moment-là, ça décolle. C’est pourquoi il est très important de ne pas mettre au rebut ces enfants. Essayer au maximum de les inclure dans les écoles ordinaires et il faut dire aux parents de ne jamais se décourager, toujours tirer leurs enfants vers le haut et d’avoir de l’ambition pour leurs enfants. Car à un moment, ça peut marcher !

La rédaction de La Maison des Maternelles