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Les poux, ma fille et moi

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Publié le 26.11.2021 à 17h18 
(mis à jour le 21.04.2022 à 16h57)

[Billet d’humeur]

« Devenir mère » : je m’étais imaginée un grand nombre de choses sur ce à quoi cela allait ressembler. Faire cuire des biscuits en forme d’étoiles le week-end. Recevoir des poèmes qui vous disent que vous êtes la personne la plus incroyable du monde. Jouer à construire la tour la plus haute avant de mettre un coup de pied dedans. Marcher dans la rue sans se faire manger par les crocodiles. En plus de tout ça -et d’un milliard d’autres trucs vachement moins poétiques- il y a vraiment quelque chose que je n’avais pas vu venir : je suis devenue experte sur un sujet tout à fait incroyable. Je suis devenue incollable sur : les poux. À tel point que je suis consultée par mes amies, les amies de mes amies, les cousines de mes amies ou parfois même, la comptable de la cousine de mon amie -je mets tout ça au féminin car, soyons honnête, même si je ne dispose pas d’étude sur le sujet (il faudrait en faire une) j’ai plus souvent vu mes amiEs mettre les mains dans le cambouis des lotions anti poux que leurs conjoints (coucou, la charge maternelle).

La première fois, j’étais dans une forme de déni : « Quoi, ça ? Mais non ce n’est pas un pou, c’est une pellicule ! ». Ayant constatée rapidement que ladite pellicule avait des pattes, j’ai dû me rendre à l’évidence : l’invasion avait eu lieu. Je me suis attaquée à l’affaire avec la gravité et la stratégie de Jules César partant reconquérir des terres colonisées, armée des meilleures peignes, lotions, huiles, aspirateur à poux (cet objet existe vraiment). Je me suis renseignée, afin de connaître mon ennemi : mode de reproduction, alimentation, longévité, temps de gestation, particularité -j'ai tout de même été hyper impressionnée de découvrir que cet animal pouvait retenir sa respiration plusieurs heures sous l'eau. Étrangement, dépouiller la tête de ma fille me procurait un certain plaisir, je trouvais une satisfaction à retirer les micro-insectes occis du peigne, que je passais religieusement mèche après mèche, ignorant les cris de ma pauvre enfant. Cela a dû donner des scènes tout à fait particulières vu de l’extérieur, moi en mode « Edward aux mains d’argent » sourde aux chouinements de ma fille assise en culotte sur un tabouret en plastique suédois. Je ne vous cache pas qu’à l’époque, les compilations de plusieurs heures d’épisodes de l’âne « Trotro » nous ont été d’un grand secours.

Une année entière : c’est le temps qu’a duré l’invasion quasi-permanente. La maison était devenue une filiale de la SPA, à ce détail près que nous y accueillions des colonies de poux et non des portées de chatons. Je guettais tout signe et sortais ma loupe à chaque fois que ma fille se grattait la tête. Alors le petit manège recommençait : Inspecter. Traiter. Peigner. Changer les draps. Devoir remplir le congélateur avec les doudous, les bonnets, les écharpes. Avoir un congélateur trop petit. Devoir manger le contenu du congélateur. 

Puis, ma fille a grandi. Et, merci la distanciation physique, elle a dû cesser de coller sa tête à celle de ses amies, nous avons donc officiellement dit adieu aux poux. Vais-je dire que cela me manque ? Non. Vais-je dire que quand une de mes amies me raconte que son enfant a des poux, je lui demande toutes sortes de détails sur le nombre de parasites retrouvés ou sur la façon dont elle s’en est sortie ? C’est tout à fait probable.

Marion Cousin