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"Les politiques méprisent notre métier de sage-femme" [vidéo intégrale]

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Publié le 10.02.2020 à 17h31 
(mis à jour le 10.02.2020 à 18h05)

Adrien Gantois, sage-femme et président du Collège Nationale des Sages-Femmes, tire la sonnette d'alarme : la profession est à bout.

LMDM - Les sages-femmes fuient les hôpitaux, selon vous il y a un véritable ras-le-bol de la profession ?

Adrien Gantois - Aujourd’hui, on voit que les sages-femmes en maternité n’ont pas le temps nécessaire pour informer et accompagner les femmes et les couples comme il se doit dans ce moment si important.

De plus, il y a des recommandations qui ont été faites avec les autres professionnels du métier : la Haute Autorité de Santé (HAS) nous dit qu’il faut absolument un suivi continu personnalisé et individualisé durant le travail et l’accouchement.  Sauf que dans les faits, on ne peut pas l’appliquer. On n'a pas le temps ! Il faut savoir qu’une sage-femme doit gérer les salles de naissances mais aussi les urgences. Quand on est dans une petite maternité, qu’on a 2 accouchements en même temps, et qu’on a aussi des femmes qui arrivent aux urgences, c’est impossible de faire notre travail comme on le devrait.

Quelles sont les conséquences de ce manque de temps auprès des patientes ?

Si on n'augmente pas les effectifs, on met en danger les femmes. On assiste à une violence systémique [relatif à un système dans son ensemble, NDLR]. On nous donne davantage de compétences et de responsabilités, mais nous n’avons pas les moyens nécessaires de pouvoir faire notre travail correctement. Et donc, notre travail perd son sens.

Cette violence que vous évoquez, on peut la comparer à la violence obstétricale dont on parle beaucoup aujourd'hui ?

Complètement ! La relation de confiance, elle s’instaure quand on a le temps nécessaire d’informer, de faire naître le consentement, de faire en sorte que ce soit un consentement réellement éclairé, d’avoir le temps de discuter.

Et aujourd’hui, c’est extrêmement grave : on est dans des situations ou l’on n'a pas ce temps. On est pris dans un étau. On aime notre métier, on est passionné par ce qu’on fait. Mais le ministère, les instances publiques nient leurs responsabilités, sont méprisants vis-à-vis de la naissance. Agnès Buzyn ne nous a jamais reçus.

Beaucoup de sages-femmes changeraient de voie ?

Quand vous avez fait ce métier par envie de prendre en charge comme il se doit la naissance, et que vous arrivez dans un système qui méprise au quotidien tout votre travail, évidemment vous partez. Il manque une réelle volonté politique.

J’entends parler des 1000 jours…Oui, mais si l’on a pas une naissance qui est respectée en France, à quoi ca sert ?

La rédaction de La Maison des Maternelles