france.tv

« Les femmes ne sont pas assez préparées aux difficultés de la maternité »

6 min de lecture
Publié le 07.02.2022 à 14h56 
(mis à jour le 08.02.2022 à 10h20)

Dans son nouvel ouvrage « Choisir d’être mère », Renée Greusard milite pour un consentement éclairé à la maternité : inspirant.

Consentez-vous à être mère ?

« Consentir à la maternité » : le concept vous surprend ? Et pourtant, ne vivrait-on pas plus sereinement cette grande aventure en étant mieux informée de ses réalités ? C’est de cette idée qu’est partie la journaliste et auteure Renée Greusard pour écrire son livre « Choisir d’être mère », alors que son fils, Ulysse, avait 10 mois :

« Quand j’ai découvert la maternité et que j’ai compris tout ce qu’on nous avait caché, je me suis dit que ce n’était pas possible qu’on ait si peu d’informations. Certes, la maternité est une expérience inédite, on ne peut jamais être préparée à tout, et chaque mère est unique,mais on peut avoir des clés sur certains sujets impondérables.  Il faudrait qu’en sortant de la maternité, on puisse avoir toutes ces informations. Les femmes ne sont pas assez préparées aux difficultés de la maternité ! »

Partant de son expérience personnelle et interrogeant des spécialistes, Renée Greusard passe en revue les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les jeunes parents -et plus particulièrement, les mères :

« Je m’adresse aux mères car je parle tout d’abord de mon vécu. De plus, les mères sont plus victimes des failles de notre système, car on vit dans une société patriarcale. Les mères s’occupent plus de leur enfant, rognent plus sur leurs loisirs, leur travail. C’est pour cela que je m’adresse à elles. Je veux dire aux mères qu’elles ne sont pas nulles : c’est le monde qui n’est pas adapté ! »

Combattre l’isolement 

« Il faut un village pour élever un enfant » dit la fameuse citation. Mais dans nos sociétés individualistes, difficile, parfois, de trouver ce village. Les jeunes mères se retrouvent alors bien souvent très isolées, exlique l'auteure :

« On vit dans des petites bulles, mais dans la parentalité il faut qu’on réinvente de la solidarité. Je crois qu’il faudrait qu’on puisse dire qu’on a besoin d’aide. Lorsqu’on dit à quel point c’est difficile, ça résonne aussi chez d’autres personnes et ça permet aux gens de s’entraider. Il faut qu’une jeune mère sache que ce qu’elle vit n’est pas propre à elle-même, et que son vécu est valable. »

Dans les premières pages de son livre, Renée Greusard écrit : « La mère parfaite est à la fois douce et autoritaire, aimante et détachée, investie avec ses enfants mais également épanouie dans sa vie professionnelle. C’est une femme qui adore jouer avec eux mais sait bien sûr les laisser se divertir seuls. C’est une femme qui pense toujours à ses petits mais ne s’oublie jamais. Une femme qui allaite évidemment… mais pas trop longtemps tout de même ! Qui fait du sport mais pas démesurément non plus. C’est une femme qui sait s’amuser mais sans excès. Il peut lui arriver d’être pompette mais jamais ivre, ça c’est certain. Elle est très bien organisée mais pas psychorigide non plus. C’est une femme qui protège ses gosses mais qui n’est pas trop maman poule non plus. Elle est un peu féministe mais pas féminazie. Guess what ? La mère parfaite n’existe pas. » 

Car oui, qu’on le veuille ou non, l’image de la mère parfaite est toujours forte aujourd’hui dans nos sociétés, et, lorsqu’il s’agit de maternité, les femmes souffrent encore de nombreuses injonctions :

« On attend beaucoup trop de choses d’une jeune mère. Les injonctions contradictoires créent une forme de sidération. Il ne faut pas non plus qu’on se mette la pression… à ne plus se mettre la pression ! La pression, on se la met, mais ce n’est pas de notre propre fait : la figure de la mère parfaite est encore très présente dans nos sociétés. »

Plus d’égalité avec le coparent 

Si être informé ne gomme pas toutes les difficultés de la parentalité, cela permet tout de même de mieux s’organiser, notamment avec le coparent, et donc, d'adoucir l’épreuve :

« Avoir la possibilité de s’organiser, c’est super important ! Réfléchir par exemple à l’avance sur l’organisation des nuits ou comment on va se nourrir dans les premières semaines de bébé. Il y a des choses à inventer ! Il faut une vraie place au coparent. 28 jours de congé paternité, ce n’est pas suffisant : il faut un congé qui soit égal pour les 2 parents. Il y a pleins d’effets néfastes de la répartition du congé comme cela existe aujourd’hui : en tant que mère, tu es seule avec bébé, donc tu deviens la « compétente » et ça s’installe doucement : puisque c’est toi la « compétente », tu te mets plus en temps partiel, tu t’occupes plus de ton enfant, etc. Le congé paternité tel qu’il existe aujourd’hui est le noyau d’une somme de choses qui ne sont pas saines, ni pour le couple, ni pour l’enfant ! »

Sur Twitter, l’auteure a été l’objet de critiques, parfois vives : ses détracteurs lui reprochent de donner une parole qui est déjà connue :

« Des gens disent : « On le sait déjà » ! C’est faux : il y a de la désinformation auprès des femmes. S’il y a des femmes qui ont été informées, c’est super. Mais on le voit très bien quand les mères expriment leurs difficultés : c’est toujours tabou. »

« Choisir d’être mère » aux éditions JC Lattès, 19€.

Marion Cousin