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« Le combat féministe est aussi dans l’intérêt des hommes »

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Publié le 13.01.2020 à 10h00 
(mis à jour le 17.01.2020 à 11h09)

Les couilles sur la table, c’est le podcast qui questionne la masculinité. Adapté en livre depuis peu, sa créatrice, Victoire Tuaillon, nous raconte pourquoi le combat féministe doit aussi être celui des hommes.

Qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui ? C’est la vaste question à laquelle essaye de répondre Victoire Tuaillon dans son podcast Les couilles sur la table sur Binge Audio. Devenu très vite une référence, le programme a été adapté en livre, qui interroge notamment les systèmes du patriarcat et ce qui les fait perdurer.

La journaliste s'appuie sur les travaux de nombreux chercheur.euses en sciences sociales ainsi que des entretiens issus du podcast. Victoire Tuaillon, son auteure, nous explique :

« On ne naît pas femme, on le devient. De la même manière, on ne naît pas homme, on le devient. Le podcast et le livre se posent la question : qu’est-ce que ça implique d’être un homme aujourd’hui ? Comment la masculinité est construite ? Et qu’est-ce qu’on apprend aux petits garçons ? »

« Le combat féministe est aussi dans l’intérêt des hommes »

De plus en plus d’hommes et de femmes se questionnent sur le sujet. Et, dans une société qui depuis des siècles prône le virilisme et la domination masculine, les hommes aussi peuvent se sentir rejetés. Le virilisme à tout prix est un modèle finalement limitant. Dans le livre, l'auteure écrit : 

« La masculinité impose non seulement une hiérarchisation des hommes sur les femmes, mais aussi une hiérarchisation des hommes entre eux : il faut donc tenir ensemble les dominations de genre, mais aussi de classe sociale, de race, de sexualité, d'âge, et comprendre comment celles-ci interagissent. »

Une société qui produit la violence

Ce système patriarcal génère une société qui produit de la violence. Pour l’auteure, notre société tolère largement les violences masculines. 

« Sur 1/5 des femmes qui ont subi un viol , 80% d’entre elles connaissaient leur agresseur. C’est-à-dire que la menace venait de l’entourage de la victime. Cela veut dire que nous avons nous aussi, toutes et tous autour de nous, des hommes qui ont commis des violences sexuelles. Les violeurs ont le visage d'hommes que nous connaissons. »

Pour lutter contre les inégalités, que devons-nous dire à nos enfants ? 

En tant que parents, comment faire pour inculquer les valeurs de l’égalité homme/femme à ses enfants ? A la fin de l'ouvrage, la journaliste consacre tout un chapitre à l'éducation des garçons. Elle le séquence en plusieurs propositions : prendre conscience de ses propres biais sexistes en tant que parent, regarder différemment les jouets et les vêtements, discuter avec son enfant de l'égalité entre les sexes face à un dessin animé ou un livre.

Pour Victoire Tuaillon, notre responsabilité c’est d’être des modèles : 

« Si des parents disent à leur enfant sans cesse que les hommes et les femmes sont égaux, mais que l'enfant voit sa mère faire toutes les tâches à la maison, ça ne peut pas fonctionner. Je pense aussi qu’il ne faut pas tout mettre sur le dos des parents. Les politiques publiques ont leur part de responsabilité. Par exemple, il faut instaurer un congé parental rémunéré pour le deuxième parent. Cela permettrait davantage d’égalité dans les couples. »

Enfin, il est important de ne pas limiter un enfant à son comportement. Un garçon a tout à fait le droit de pleurer, de jouer à la poupée ou de s’inscrire à la danse classique. Tout comme les petites filles ne sont pas obligées d’aduler les princesses et le rose. L’égalité des sexes s’apprend dès le plus jeune âge

La rédaction de La Maison des Maternelles