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Lactalis : « Les familles sont en colère ! »

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Publié le 01.04.2019 à 19h01 
(mis à jour le 09.04.2019 à 10h52)

Jade Dousselin avocate des associations des victimes dans le scandale du lait infantile contaminé, explique que Lactalis et l’État ne font pas toute la lumière sur l’affaire.           

C’était en décembre 2017, 37 nourrissons ont été atteints de salmonellose. La cause : du lait infantile contaminé, produit dans l’usine Lactalis de Craon. De nombreux lots ont été retirés de la circulation et plus de 200 plaintes ont été déposées. 

Le 19 février 2019, Santé publique France publiait un nouveau rapport : 26 bébés, 18 garçons et 8 filles, ont été touchés par une salmonellose provoquée par des laits infantiles de la marque Modilac. Une affaire Lactalis bis ?

Nous avons rencontré, en septembre 2018 maître Jade Dousselin, avocate des associations des victimes du lait contaminé, qui nous dresse un point sur les avancées de l’affaire.

LMDM. Parlez-nous des bébés qui ont été contaminés, comment vont-ils ?

Maître Jade Dousselin . Aujourd’hui, les bébés vont mieux. C’est une bonne nouvelle, les séquelles sur l’avenir ne sont pas confirmées mais elles devraient être minimes donc c’est rassurant.

Où en est l’enquête aujourd’hui ?

On ne sait pas ce qu’il s’est passé, on ne sait pas d’où vient la contamination et, encore pire, on parle de re-commercialisation. Mais on ne sait pas ce qui est mis en place pour empêcher que cela recommence. Les familles sont en colère. Une enquête préliminaire est en cours, mais elles ne savent pas ce que contient cette dernière, ni quels sont les premiers éléments qui ont pu être apportés par cette enquête. On n’a aucune réponse de la part de Lactalis, de l’État non plus, et de la justice non plus ! 

Le préfet qui a autorisé Lactalis à commercialiser à nouveau le lait produit sur le site de Craon, a rencontré le président de l’association des victimes, comment ça s’est passé ?

Ça s’est passé de façon courtoise. On nous annonce que des contrôles seront faits de manière plus accentuée, que les laboratoires seront publics pour éviter une forme de collusion avec Lactalis. Le problème c’est que personne ne nous dit ce qui va être pris comme mesures pour qu’il n’y ait pas de contamination. On nous indique comment la détecter mais on ne nous dit pas comment l’éviter, pour qu’elle n’existe pas.

La commission parlementaire a débouché sur quoi alors ?

Elle n’a débouché en rien, aucune loi n’a été produite. Le projet de loi de financement de 2019 prévoit même la suppression de postes d’agents de la DGCCRF*, qui sont censés être les contrôleurs de l’État. Cette affaire a fait grand bruit et on a eu le sentiment que l’État et la justice avaient pris leurs responsabilités. Cela étant, on voit aujourd’hui que ces dernières ne sont pas prises et les leçons pas apprises.

Plusieurs experts affirment que pour éviter toute contamination à ce jour, il faudrait prendre la mesure de démonter, nettoyer et remonter intégralement la chaîne de production. Si l’usine Lactalis l’avait fait, je pense qu’ils s’en seraient vantés, et ce n’est pas le cas aujourd’hui. On est sur une reprise d’activité avec des contrôles possibles dans l’avenir mais on ne nous dit pas ce qui est fait, les familles ne savent pas ce qui est fait non plus pour protéger les nourrissons.

 

*DGCCRF : Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes

La rédaction de La Maison des Maternelles