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La recherche des origines en question

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Publié le 10.11.2021 à 14h08 
(mis à jour le 10.11.2021 à 14h21)

Dr Fanny Cohen-Herlem est pédopsychiatre spécialiste de l’adoption, elle répond à nos questions.

LMDM : Y-a-t-il une bonne manière ou un moment propice pour annoncer aux enfants qu’ils ont été adoptés ? 

Dr Fanny Cohen-Herlem – Les enfants savent profondément qu’ils ont été adoptés, abandonnés. Passer des bras, ou d’un corps qu’on connaît à des bras qu’on ne connaît pas du tout c’est inscrit quelque part. Le travail des parents adoptifs ça sera de faire avec ça, et de leur en parler quand ils en auront envie, le plus tôt étant toujours le mieux. Il ne s’agit pas de leur « ta mère t’as abandonné » mais plutôt quelque chose de très positif : « on est heureux que tu sois là » ; « on t’attendait depuis longtemps » ; « voilà comment on est venus te chercher » etc. Ca, ça peut se dire à des bébés, qui le perçoivent très bien.

Pourquoi tant d’enfants, même élevés dans une famille heureuse, ont besoin de connaître leurs origines ? 

Parce qu’ils ont besoin de comprendre les causes et de connaître les circonstances de leur abandon. Même s’ils sont dans une famille qui les aime et dans laquelle ils se sentent bien, ils ont besoin de comprendre pourquoi il y a eu cette rupture, ce qu’il s’est passé pour les parents de naissance, dans quelles circonstances ils ont été obligés de les abandonner. Cela leur permet de retisser un lien avec leur passé que pour la plupart du temps ils ne connaissent pas, de reconstruire leur histoire.

À partir de quel âge les enfants commencent à s’intéresser à leurs origines ? 

Aux alentours de 8 ans, car ils ont une notion du temps long, du temps qui passe, qui est plus précise.

Pour les enfants nés par don anonyme de gamètes (sperme ou ovocytes) faut-il leur expliquer en détail comment ils ont été conçus ? 

Je me suis souvent dit que c’était des questions d’adultes que ne se posaient pas les enfants. Il faut respecter le désir de connaître des enfants et ne pas aller au devant de leurs questions, car s’ils ne posent pas la question c’est peut-être qu’ils n’ont pas la maturité nécessaire pour pouvoir faire quelque chose de ce qu’on va leur dire. Il ne faut pas en faire un tabou cependant. Ça doit pouvoir se dire, au moment où les parents sentent que c’est possible : l’enfant est en capacité d’entendre et il va pouvoir en faire quelque chose.

La rédaction de La Maison des Maternelles