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La puberté précoce, c'est quoi ?

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Publié le 15.12.2020 à 14h53 
(mis à jour le 17.12.2020 à 18h07)

Qu’est-ce que la puberté précoce ? Comment la reconnaitre ? Quand consulter ? Voici toutes les réponses à vos questions.

Quand parle-t-on de puberté précoce ?

La puberté précoce, Dr Michel Polak, endocrinologue et pédiatre, la définit comme « l’activation des mécanismes habituel de la puberté avant 8 ans chez la fille et 9 chez le garçon ». Cela peut paraître étonnant, mais les signes d’une puberté précoce peuvent apparaître dès l’âge de deux ou trois ans chez certains enfants.

« Les seins qui apparaissent trop tôt, même chose pour la pilosité, une accélération importante de la vitesse de croissance ou une odeur corporelle qui change » sont des motifs de consultation chez un pédiatre mais ne mènent pas forcément à une puberté précoce.

Ce n’est pas parce que votre enfant développe une forte pilosité ou change d’odeur à un jeune âge qu’il entre forcément dans une puberté précoce. Les glandes surrénales, responsables d’une partie de la pilosité, peuvent en être la cause :

« Quand il y a une pilosité, il y a des hormones qui peuvent être sécrétées par ces deux glandes au-dessus des reins, les surrénales, qui sécrètent des androgènes -des hormones à activité androgénique qui font pousser les poils, pubiens et axillaires [NDLR : sous les aisselles]. Du coup, il peut il y avoir des maladies surrénaliennes qui se révèlent par une pilosité pubienne ou axillaire trop précoce. À ce moment-là, ce n’est pas vraiment la puberté précoce, ça peut être confondu. Il faut s’occuper des glandes surrénales, éventuellement les traiter, mais secondairement il peut y avoir une puberté précoce qui survient parce que ce climat d’hormones en excès va favoriser le déclenchement d’une vraie puberté. L’un n’empêche pas l’autre, et l’un peut précéder l’autre. »

Comment est réalisé le diagnostic ?

Pour réaliser un diagnostic et savoir s’il s’agit bel et bien d’une puberté précoce, plusieurs examens doivent être réalisés, comme précise le docteur Polak :

« Il y a des critères cliniques, c’est-à-dire qu’on observe et on voit les seins qui poussent ou le développement des organes génitaux. Après, on a des examens hormonaux qui visent à savoir si la puberté vient bien du cerveau, si c’est bien lui qui l’entraine un peu trop tôt ou si c’est une autre cause. Enfin, il y a des examens morphologiques d’imagerie comme l’échographie pelvienne, pour voir si le corps s’active. »

Il faut savoir que « plus l’enfant est diagnostiqué jeune, plus on va trouver de causes ».

Quels traitements existent ?

 Dans le cas d’une puberté précoce, il existe un traitement à base d’injections depuis 1985 :

« Maintenant on peut faire des injections tous les 3 mois, avant c’était tous les mois. C’est une molécule qu’il faudrait réinjecter tous les jours et donc il y a une sorte de gel qui permet qu’elle soit larguée dans le corps très progressivement. »

Ce traitement n’arrête pas définitivement ni soudainement la puberté, il agit comme un frein : 

« Quand on arrête le frein, la puberté redémarre. 16 mois au plus tard après l’arrêt du traitement, la puberté revient. »

Mais ce traitement, comme beaucoup d’autres, expose le patient à des effets secondaires :

« L’injection peut être compliquée, c’est le principal effet secondaire dont se plaignent les enfants. L’autre chose dont se plaignent les familles, c’est que l’enfant prend trop de poids. Mais ce n’est pas le médicament, c’est la puberté. Quand on regarde les courbes de croissance habituelle, on voit très bien chez le garçon, et surtout la fille, que l’indice de poids monte au moment de la puberté. »

Cependant, de nombreuses avancées ont été réalisées dans ce domaine puisque la puberté précoce est un phénomène étudié depuis des dizaines d’années :

« Il y a beaucoup d’inquiétudes qui ont été levées parce qu’on a le suivi à long terme, il y a déjà des mères qui ont été traitées pour puberté précoce et qui ont-elles-mêmes eu des enfants. On est rassuré sur le plan de la fertilité. Il y a même des travaux maintenant qui montre que traiter des petites filles avec une puberté précoce les protège des anomalies qui peuvent survenir au moment d’avoir des enfants. Donc on a un très bon recul là-dessus. »

Comment expliquer la puberté précoce ?

Grâce aux travaux réalisés, un gène a été identifié et déterminé comme un blocage à la puberté, la retenant d’arriver trop vite. Une mutation de ce gène peut être responsable d’une puberté précoce. Il existe donc un aspect héréditaire à ce phénomène. 

Ces études poussées ont aussi permis de mettre en lien le poids de naissance et l’arrivée de la puberté. C’est ce qu’on appelle la médecine développementale des maladies : 

« Le poids de naissance est très important pour gouverner le moment de la puberté. La prise de poids dans les 9 premiers mois va aussi modifier le moment de la puberté. C’est très bien étudié chez les filles car on a un marqueur que sont les règles. C’est moins facile à étudier chez le garçon. Les évènements in-utéro ou périnataux gouvernent des évènements jusqu’à 50 ou 60 ans plus tard, comme le risque cardio-vasculaire. Il y a une médecine qu’on appelle développementale des maladies, qui est un thème émergent maintenant et majeure en pédiatrie mais aussi en médecine d’adulte. » 

La rédaction de La Maison des Maternelles