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La PMA pour toutes : les changements

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Publié le 08.10.2019 à 14h16 
(mis à jour le 08.10.2019 à 15h02)

Le professeur Michaël Grynberg, gynécologue obstétricien, nous explique ce qui va changer avec l’adoption de la loi bioéthique par l’Assemblée nationale, qui ouvre la PMA à toutes les femmes.

Le 27 septembre 2019, l'Assemblé nationale a voté l’article de la loi bioéthique qui permettra d’ouvrir aux femmes célibataires et aux couples lesbiens, le droit à la procréation médicalement assistée (PMA) qui leur était jusqu’à présent interdit.

LMDM - Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Michaël Grynberg - Bonne nouvelle pour nous parce que l’on va pouvoir répondre à quelque chose qui nous semble, pour la majorité d’entre nous, complètement logique. C’est une demande sociétale. Et quand on regarde la société c’est des couples de femmes, des femmes célibataires. Donc c’est un vrai problème de ne pouvoir répondre à leur demande et de ne pas pouvoir les mettre sur le même pied d’égalité que des couples hétérosexuels.

Certains s’indignent du remboursement à venir de la PMA par la Sécurité sociale, votre avis ?

Je pense qu’à partir du moment où l’on accepte de prendre en charge, de la même manière, les femmes en couples, les femmes célibataires, que les hétérosexuels, on se doit de le rembourser. C’est un principe d’égalité. Après, concernant les détracteurs qui disent que ce sont des femmes qui n’ont pas fait preuve de leur infertilité, il faut aussi savoir que chez les hétérosexuels, il y a 10 à 15 % des couples chez qui on ne retrouve rien d’anormal sur les examens. Donc on pourrait alors très bien dire qu’ils ne sont pas infertiles en théorie. De la même manière chez des femmes célibataires ou en couple de femmes, il y en a qui ont des trompes bouchées, qui ont des problèmes ovariens… Donc c’est totalement illogique d’aller dire que l’on ne peut pas les prendre en charge.

Levée d’anonymat, ça change quoi pour les donneurs ?

À partir du moment où l’on lève l’anonymat, il va falloir que les donneurs acceptent, sur le principe de pouvoir, éventuellement être recontacté par les enfants issus de ce don s’ils en font la demande. Car ils n’en feront absolument pas tous la demande. Donc il ne faut pas nourri de fantasme par rapport à cela. Il y a des gens qui essayent d’alimenter la crainte par rapport à la levée d’anonymat. On sait que la majorité des enfants ne cherchent absolument pas à savoir qui est le donneur. Et nous allons arriver dans un monde dans lequel les tests génétiques vont se répandre partout, pour tout le monde. Je pense donc que celui qui voudra savoir quelles sont ses origines le pourra, y compris celui qui pense être l’enfant de ses deux parents et qui va s’apercevoir qu’il ne l’est pas… Alors tous les gens qui voudront vraiment retrouver, pourront retrouver.

À noter également qu'il n’y aura pas de rétroactivité. Donc ce sera au moment où la loi sera entérinée, que les enfants issus de donneurs auront accès à leur identité.

Concernant les craintes de pénurie de sperme ?

Le terme de pénurie est compliqué, car déjà aujourd’hui j’aurai tendance à dire que l’on est en pénurie. On a actuellement 12 à 18 mois d’attente pour un don de sperme. Les centres de conservations des œufs et du spermes (Cecos) qui gèrent aujourd’hui les dons nous disent que l’on est à flux tendu, mais pas en pénurie. Et attendre 18 mois pour un couple hétérosexuel qui attend déjà depuis des années pour avoir un enfant, cela peut être très lourd.

Donc c’est vrai que si l’on rajoute dans la file active, les femmes en couple lesbien et les femmes célibataires, bien sûr que l’on va être bien plus qu’à flux tendu et qu’il y aura un risque de pénurie qui est indéniable. D’autant plus que la levée de l’anonymat, dans tous les pays où elle a eu lieu, a été à l’origine d’une baisse du nombre de donneurs ponctuellement. C’est remonté ensuite, progressivement, parce que les gens s’y sont fait, mais c’est aussi remonté parce que les pays ont fait appel aux banques, et notamment aux banques de sperme danoises.

Mais nous n’aurons pas le droit de faire appel à ces banques parce que cela veut dire que ce sont des dons qui ne sont pas gratuits et nous on veut une gratuité du don.

Dans ces cas-là faudrait-il indemniser les donneurs ?

Je pense que ce n’est pas délétère de le faire et de le proposer. De toute façon ce sont de toutes petites sommes. Je crois que c’est 60 euros en moyenne par recueil. Et à partir du moment où il y a des registres. On va dire qu’un donneur peut donner un nombre limité de fois. Admettons qu’il donne 10 fois... il n’en fera pas un métier !

La rédaction de La Maison des Maternelles