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La parole des enfants placés

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Publié le 19.11.2021 à 10h21 
(mis à jour le 19.11.2021 à 10h26)

Gautier Arnaud-Melchiorre, ancien enfant placé, a recueilli pendant 6 mois la parole de 1500 enfants placés. Il livrera son rapport demain à Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’enfance.

 

Gautier Arnaud-Melchiorre a 26 ans. Il a grandi sans père, aux cotés d’une mère en souffrance psychique. Il a été placé et a connu 15 placements en 18 ans, avec toutes les difficultés que cela engendre. À 22 ans, il consulte son dossier et découvre que l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) a sa part de responsabilité dans ses souffrances :

« Parfois, dans le cadre des morcellement de parcours, de mauvaises orientations, des mauvaises appréciations, de constats qui sont faits mais n’aboutissent pas lorsque parfois il y a de la maltraitance ou quand visites se passent mal et qu’on continue à les maintenir : oui, il y a une part de responsabilité de l’institution, même si elle m’a permis de grandir et de devenir le jeune homme que je suis aujourd’hui. »

Gautier témoigne alors dans un documentaire « Bouche cousue » qui fait à sa sortie, en novembre 2020, beaucoup de bruit. Le documentaire est très virulent face à l’ASE. La parole de Gautier trouve alors de la résonance, et le secrétaire d’État à l’enfance et aux familles Adrien Taquet, en mars dernier, lui confie une mission : recueillir la parole des enfants à l’ASE. Le but ? Etablir une charte des droits des enfants protégés. Il visite 1 département par semaine pendant 6 mois et rencontre 1500 enfants de tout âge pour avoir leur ressenti. Il témoigne :

« Ce qui m’a le plus frappé dans leur parole, c’est leur besoin que la société porte un autre regard sur eux. Un enfant de 8 ans, quand il va à l’école, on lui dit : « si tu es placé, c’est parce que ta maman ne t’aime pas, c’est parce que tu n’es pas gentil, tu fais des bêtises ou tu es un délinquant » Leurs camarades de classe les stigmatisent. Cela fait souffrir les enfants, ça les détruit, ces regards, ces paroles. Il y a la stigmatisation de la société qui doit évoluer à travers un autre regard médiatique sur la protection de l’enfance, qui souligne aussi l’action positive, tout ce que font les éducateurs. Je pense aussi à la Fondation Action Enfance, qui permet de ne pas séparer les fratries, etc. Beaucoup d’éducateurs magnifiques qui s’engagent auprès des enfants. Mais il y a aussi des réalités inacceptables, des enfants en fugue, en errance, la violence, des agressions sexuelles, des punitions collectives… »

Le rapport sera remis samedi 20 novembre à Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’enfance.

La rédaction de La Maison des Maternelles