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La fessée : stop à la violence éducative ordinaire !

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Publié le 03.04.2019 à 17h29 
(mis à jour le 23.05.2019 à 17h22)

« Une petite fessée n’a jamais fais de mal à personne », peut-on encore entendre de nos jours. Et pourtant, ce geste est assimilé aujourd’hui aux violences éducatives ordinaires (VEO).

Les violences éducatives ordinaires

Les violences éducatives ordinaires (VEO) regroupent toute violence physique, verbale et/ou psychologique exercée en vue de « bien éduquer » un enfant ou de modifier son comportement, jugé indésirable.

On considère comme violence physique : la gifle, la fessée, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pieds, saisir brutalement, pincer, bousculer, pousser, contraindre un enfant à rester dans une position inconfortable.

Du côté de la violence verbale, il s’agit des cris, des hurlements, de l’humiliation, des injures, des menaces, du chantage affectif, du rejet ou de la culpabilisation des enfants.

D’un point de vue législatif, les textes de loi « anti-fessée » ont toujours fait l’objet d’un débat animé en France. Le 29 novembre 2018, la députée Modem, Maud Petit a présenté une nouvelle proposition de loi contre les violences éducatives ordinaires. Elle a été adoptée par l’Assemblée nationale, puis le Sénat a voté un texte similaire le 6 mars 2019. Il revient maintenant au gouvernement de transformer ces textes en loi.

Les VEO en quelques chiffres

En France, selon la Fondation pour l’enfance, 85 % des parents ont recours à des violences dites éducatives. On estime que près de 9 parents sur 10 ont recours à la « tape sur les fesses ». Et 2 tiers des parents déclarent « donner des petites gifles ».

Concernant les châtiments corporels sévères comme la claque, ils concerneraient 1 parent sur 2.  À côté de cela, 2 parents sur 3 estiment manquer d’autorité !

L’impact des VEO sur l’enfant

Les progrès des recherches en neurosciences ont montré que ces violences avaient un impact sur l’enfant et sur son avenir. À ce sujet, le docteur Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie explique :

« Le cerveau des enfants commence à mûrir entre 5 et 7 ans. Il le devient complètement à 25 ans. On ne peut donc pas dire qu’un enfant fait un caprice puisque l’enfant ne peut pas gérer ses émotions. C’est la raison pour laquelle le cerveau des enfants est beaucoup plus vulnérable au stress. La violence va générer un stress qui secrète de la cortisol (l’hormone du stress). »

Selon la spécialiste, les VEO provoquent un petit-trauma, dans la mémoire traumatique. Lorsque l’enfant reçoit des coups ou entends des cris, ce dernier va se bloquer. Il entre en état de sidération. L’enfant est alors déconnecté émotionnellement de la réalité, pour échapper au stress de la situation. Cette mémoire traumatique a enregistré ce traumatisme et a des conséquences multiples : incapacité à réagir aux ordres, impression d’indifférence, développement d’une mémoire traumatique (pouvant entraîner à la fois panique, phobies, troubles de la concentration, agressivité). Le docteur Salmona souligne à ce propos que :

« Le parent perçoit parfois cette déconnexion comme le fait que l'enfant est agar et il recommence de plus belle… C’est un véritable cercle vicieux ! En effet, les parents n’ont pas les codes pour comprendre que cet état de sidération n’est pas une provocation de l’enfant»

Mais pour la psychiatre, rien n’est irréversible. Si l’on observe le cerveau des enfants, les zones considérées comme perméables à la violence sont aussi celles qui se réparent le mieux. L'experte se veut rassurante pour les parents :

« Il n’est jamais trop tard pour adopter une éducation bienveillante et pour ne plus tolérer ces types de violences dans l’éducation des enfants ! »

Selon elle, il est possible de vivre une vie tout à fait normale en ayant reçu une ou plusieurs fessées pendant son enfance. Mais rien ne justifie la violence pour autant :

« Quand bien même une tape ou une gifle n'aurait pas de conséquences sur une personne, en aucun cas cela ne justifierait de l'avoir donnée. L'absence supposée de conséquences n'est pas un argument pour ne pas qualifier un acte de violent, l'intention suffit »

Affirmer son autorité de parent tout en bannissant toute forme de violence n'est pas forcément simple. Face à des colères répétées et des crises, certains parents peuvent se retrouver démunis. Il est important de rappeler que si un parent se sent en difficulté, il faut demander de l’aide : à un proche, aux grands-parents. Si cela n’est pas possible, il existe aussi les PMI, les psychologues. Il faut savoir reconnaître que l’on a besoin d’aide afin de prévenir un éventuel burn-out ou geste que l’on pourrait regretter.

La rédaction de La Maison des Maternelles