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La crèche est-elle adaptée pour les tout-petits ?

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Publié le 25.06.2020 à 12h09 
(mis à jour le 25.06.2020 à 13h01)

L'accueil du bébé en établissement collectif peut être un motif d’appréhension pour certains parents. Afin de démêler le vrai du faux, deux spécialistes de la crèche nous éclairent. 

Crèche ou assistante maternelle ? Il faut aujourd’hui se poser la question dès le début de la grossesse, compte-tenu de la course aux modes de gardes. Selon la CAF, un tiers des familles préfèrent aujourd’hui confier leur bébé à un établissement collectif.

Anne-Cécile Georges est puéricultrice et directrice de crèche, auteure de La crèche est mon quotidien aux éditions Dunod, Laëtitia Sirolli est psychologue, elle intervient dans plusieurs crèches parisiennes, ainsi qu’en PMI. Toutes deux nous permettent de faire le point sur le sujet.

Un bébé est-il prêt psychologiquement pour entrer à la crèche dès la fin du congé maternité ? 

Le mode de garde choisi correspond surtout au besoin des parents, bien plus que de l’enfant. Les tout-petits comprennent que leurs parents ne sont pas avec eux et qu’ils sont dans un nouvel environnement. C’est finalement davantage les parents qui ont besoin de se sentir « prêts » pour s’investir dans le projet d’accueil en crèche. Le bébé est émotionnellement attaché à ce que ressentent ses parents. Pour Laëtitia Sirolli, il est important que les parents soient partie prenante : 

«  L’idée c’est de pouvoir accompagner le bébé et soutenir un projet qui est celui des parents. On accompagne enfant et parents dans la continuité de ce qu’ils vivaient à la maison. Donc cela passe par un dialogue entre les professionnels et les parents. » 

Si vous vous inquiétez de la façon dont le bébé va vivre son entrée à la crèche, sachez que la plupart du temps, il le vit en miroir avec la façon dont ses parents vont le vivre. Si la maman est désespérée, cela risque d’être plus compliqué. 

Quelles sont les personnes qui s’occupent des enfants à la crèche ? 

Plusieurs professionnels prennent en charge les bébés à la crèche dans la section des tout-petits, ils ont la responsabilité de moins d’enfants que dans les autres sections pour être plus attentifs aux besoins et développement de l’enfant.

  • Il y a les auxiliaires de puériculture qui s’occupent de l’éveil de l’enfant,  du repas, elles ont aussi des connaissances paramédicales de par leur formation. 
  • Les éducateurs de jeunes enfants qui s’occupent du versant pédagogique : aménagement de l’espace, développement psychomoteur. 
  • Les infirmières puéricultrices qui sont souvent aussi directrices de crèches. Elles sont le relais entre les équipes et les parents, gèrent le soutien à la parentalité car elles sont formées sur l’alimentation, le sommeil des bébés. 
  • Les titulaires du CAP petite enfance.

Les enfants allant à la crèche sont-ils plus sociables ? 

Contrairement aux idées reçues, le fait de mettre ses enfants en crèche ne garantit pas forcément une plus grande sociabilité, tout comme le fait de le garder chez soi ne l’empêche pas d’être sociable. De la même façon, ce n’est pas parce qu’un bébé est allé à la crèche qu’il ne va pas pleurer pour son entrée à l’école et vice versa. Il n’y a pas de règles définies pour tout cela nous rassure Anne-Cécile Georges : 

« Le bébé est en interaction avec ses figures d’attachement donc les personnes qui s’occupent de lui. Des bébés de 3 mois côte à côte ne vont pas vouloir jouer ensemble, ils sont encore dans l’individualité. Il faut attendre les deux ans pour qu’une réelle socialisation se crée. Des études ont montré ans que dans des tribus indiennes où les enfants sont gardés et portés par la maman pendant la première année, ils ne sont absolument pas moins développés, au contraire, ils marchent tôt et sont moins dans l’agressivité. Mais ne culpabilisons pas les parents car notre système, notre société sont ainsi faits !  »

Les professionnels de la crèche peuvent-ils s’adapter aux besoins de chaque enfant ? 

Le fait qu’il y ait plusieurs bébés et moins d’adultes pour s’en occuper peut inquiéter certains parents, en effet tous les enfants n’ont pas le même rythme. Mais comme nous l’explique l’infirmière puéricultrice, les personnes à charge du bébé s’efforcent de s’adapter au maximum aux habitudes de chacun : 

« On ne réveille pas un enfant qui dort, c’est sieste à volonté. Pour les biberons, il n’y a pas d’horaires : si bébé a pris son biberon à 7h il n’a pas à attendre 12h pour le suivant. S’il réclame on donne. On lui parle aussi à ce bébé, on le regarde pour favoriser l’échange, le contact. »

Il faut aussi garder à l’esprit que même s’ils ne peuvent pas toujours prendre l’enfant dans les bras, les professionnels prennent toujours en compte les pleurs du bébé, Laëtitia Sirolli insiste bien là-dessus : 

«  Les professionnels vont privilégier les bras, et si jamais ce n’est pas possible car ils sont occupés, ils vont leur parler, « tu n’es pas seule, je t’ai entendue, j’arrive. » Il y a toujours du personnel de renfort qui arrive si les bébés pleurent tous en même temps. On ne laisse pas les bébés pleurer. On travaille aussi avec les familles, par exemple au fait d’habituer son bébé à la maison à ne pas être pris immédiatement, en le rassurant tout de suite verbalement.. »

L’inconvénient de la crèche : les maladies

Il vaut mieux être averti là-dessus, à la crèche comme à l’école, les enfants se transmettent facilement des maladies. Surtout la première année et notre directrice de crèche le confirme : 

« Quand les parents font le choix de la crèche je conseille de prendre une carte de fidélité chez le médecin traitant. Même si on prévient les parents ils sont toujours surpris la première année. Ça peut bien sûr fatiguer l’enfant après ça reste inégal. Il y a des parents qui font le choix de retirer l’enfant suite à des infections répétées, d’autres enfants qui ne sont jamais malades. Au moins on se dit que lorsqu’il entre à l’école, la bronchiolite, la varicelle c’est fait ! »

L’important pour une adaptation réussie : prendre son temps 

Lors de la semaine d’adaptation, on travaille la séparation : d’abord 5 min, puis le temps d’un repas, puis le temps d’un repas et d’une sieste, puis une petite journée. Si l’adaptation nécessite deux semaines on peut la rallonger. Il faut être patient et se rassurer

La rédaction de La Maison des Maternelles