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"L'urgence de la situation a donné toute liberté et justification aux maltraitances"

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Publié le 02.06.2020 à 17h28 
(mis à jour le 03.06.2020 à 16h12)

Les 2 présidentes de l’Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes s'expriment sur les violences obstétricales et gynécologiques pendant la crise sanitaire du Covid-19.

L’Institut de Recherche et d’Actions pour la Santé des Femmes (IRSAF) est une association de défense des femmes victimes de violences obstétricales et gynécologiques. Nous avons intérogé July Bouhallier et Basma Boubakri, ses 2 co-présidentes, sur l'influence qu'a pu avoir la crise sanitaire sur la prise en charge gynécologiques des femmes et sur les violences qu'elles auraient pu subir.

LMDM - Quelle est la mission de l'IRSAF ?

July Bouhallier et Basma Boubakri : Avant tout, la défense des femmes victimes de violences obstétricales et gynécologiques, et aux actions leur permettant d’obtenir réparation. Sa mission est aussi la recherche des origines, des mécanismes et des conséquences des violences obstétricales. L'association produit des données, des préconisations et des enquêtes. La finalité de sa cause et de sa lutte étant l’amélioration des conditions d’accueil dans les institutions médicales, la multiplication des offres de soin et des choix pour devenir mère, le respect du consentement des femmes et l’absolue nécessité qu'elles soient au centre de chaque décision qui les concerne, elles et leurs bébés.

Pensez-vous que le contexte actuel de crise sanitaire a pu augmenter ces violences ? Avez-vous des chiffres ?  

Il est trop tôt pour parler de chiffres car nous sommes au début du déconfinement. Cependant notre association a vu apparaître progressivement des témoignages effarants sur les conditions dans lesquelles les femmes ont accouché pendant le confinement.

Il faudra attendre quelques mois avant qu’explosent des témoignages plus nombreux car les traumatismes ne sont pas exprimés le lendemain de leur apparition. D’autre part, si les conditions d’accouchement « covid », comme ils sont nommés par les femmes elles-mêmes, sont particulièrement choquants et ont choqués l'opinion publique, notamment par l’absence du conjoint ou le manque de personnel, nous verrons apparaître prochainement la dure réalité des « avortements covid » « des PMA covid » (celles qui ont pu être réalisées) ou des « visites gynécologiques covid »… C'est une question de temps. 

Nos témoignages reçus à l’IRASF montrent malheureusement les mêmes violences qu’en dehors de la période du Covid-19, augmentées par l’urgence d’une situation donnant toute liberté et toute justification aux maltraitances. Mais l’IRASF le répète : en temps normal, ces maltraitances et ces violences existent.

Vous avez lancé une enquête sur les accouchements en France : pouvez vous nous expliquer son but ?

Le but de notre enquête est d’être un outil afin de réduire le fossé existant entre les professionnels de la santé et les femmes usagères au sujet de la prise en charge de leur accouchement. Nous œuvrons à mettre en place un réel partenariat entre les acteurs de la parturition, femmes et soignants, afin d’obtenir une amélioration de la qualité des soins dans le respect des besoins des femmes et des personnes. La médiatisation des violences obstétricales et gynécologiques ainsi que les postures de communication de certains soignants ne font qu’aggraver l’incompréhension et la rupture de dialogue entre les différents acteurs. L’IRASF soutient la collaboration entre les femmes, les personnes et les soignants et milite pour que les femmes et les personnes soient au centre du processus décisionnel concernant leur santé génésique, y compris lors de l’accouchement.

Le questionnaire sert à détecter les : violences directes, insultes, infantilisation, actes contre la volonté de la parturiente, usage de la force, de la manipulation, coercition, absence de prise en charge de la douleur. Il cherche également a detecter, definir puis identifier ce qui correspond aux violences institutionnelles, aux pratiques obsolètes, ce qui est dû au manque ou absence d’information, à l'absence de recherche de consentement libre et éclairé et au manque de moyens matériels et/ou humains. Il a pour but de produire des données chiffrées à l’échelle nationale et des recommandations.

Marion Cousin