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« Je suis tombée enceinte à 14 ans »

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Publié le 26.02.2021 à 07h41 
(mis à jour le 01.03.2021 à 18h09)

Sarah est étudiante en Histoire de l’art à la Sorbonne. À 24 ans elle est aussi la maman d’Iseult, 9 ans. Elle revient pour LMDP sur son parcours de très jeune maman.

LMDP - Dans quelles circonstances avez-vous appris que vous étiez enceinte ?

Sarah - Je suis tombée enceinte à 14 ans et demi. J’avais pris un risque et je le savais. J’avais un retard de règles et je me doutais de quelque chose. Même si je ne pensais tout de même pas être enceinte. J’en ai parlé à ma mère. Elle a pris rapidement un rendez-vous chez une gynécologue. Sur place il y avait un labo où j’ai pu très rapidement faire une prise de sang, et j’ai appris ma grossesse lors de ce premier rendez-vous, alors que j’y allais pour qu’elle me prescrive la pilule.

Comment avez-vous réagi ?

J’ai été abasourdie par la nouvelle. À 14 ans,  j’étais très loin de penser à la maternité́, j’étais même persuadée que je deviendrai maman très tard. Ça a été le choc.

Et votre petit ami ?

J’étais très amoureuse, et nous étions en couple. Quand je lui ai annoncé il a eu la même réaction. On était tous les deux sous le choc. Mais il ne m’a rien imposé, et on s’est tout de suite dit que ce serait une décision à prendre à deux et qu’aucun de nous n’allait imposer son choix à l’autre. C’était compliqué mais on a beaucoup parlé.

Et votre maman ?

Ma maman a été géniale. Elle m’a tout de suite dit que si je décidais d’avorter elle serait là, et si je décidais de poursuivre ma grossesse elle serait là aussi. Que quoi que je décide, même durant toute la vie de ce futur enfant, je pourrai toujours compter sur elle. Elle m’a dit que c’était mon corps, ma vie, mon choix. C’était ce dont j’avais besoin à ce moment-là.

Quand vous avez décidé de poursuivre votre grossesse, quelle a été la réaction du corps médical ?

En annonçant notre choix à la gynécologue -un choix qui avait été mûrement réfléchi avec mon copain- je me suis sentie jugée. Elle a préféré me gronder comme un enfant, au lieu de proposer une écoute plus bienveillante et de comprendre, respecter mon choix. J’aurais aimé qu’elle essaye de m’accompagner comme une femme lambda qui allait devenir mère. J’ai décidé de changer de gynécologue, et cela n’a pas était simple de trouver quelqu’un qui suive ma grossesse sans m’infantiliser et me juger pour mon choix.

En quelle classe étiez-vous ?

J’étais en 3ème, dans la même classe que mon petit copain.

Avez-vous réussi à concilier scolarité et grossesse ?

J’ai préfèré cacher ma grossesse au collège pour éviter des remarques insultantes, dévalorisantes de la part des autres élèves. Je l’ai cachée jusqu’à 5, 6 mois.

Je l’ai quand même dit au directeur, à l’équipe enseignante et à l’infirmière. Ce n’était pas simple et heureusement je pouvais compter sur mon copain qui était aux petits soins. J’ai eu cette chance que ma grossesse ne se voit pas beaucoup et puis la fin de ma grossesse coïncidait avec les vacances scolaires. J’ai accouché fin septembre.

N’était-ce pas trop difficile de concilier les deux ? Vous n’avez pas été tentée de lâcher les cours ?

Non, la perspective de devenir maman m’a donné une grande motivation et une véritable envie de m’investir dans mes cours. Malgré la fatigue de la grossesse j’ai pu continuer et avoir mon brevet, et poursuivre même après. C’était essentiel pour moi.

Qu’est-ce que la naissance de votre fille a changé dans vos études ?

La maternité a pour moi été un grand booster dans mes études. Je n’ai jamais été une mauvaise élève mais j’avais la moyenne, pas plus, sans fournir trop d’effort. Devenir maman m’a aidée à trouver un sens dans ce que je faisais et m’a poussée à m’investir énormément. J’ai pu obtenir le bac avec mention bien. Cela m’a également poussée à tenter des choses que je n’aurais pas imaginé faire, comme des concours pour des grandes écoles.

Avez-vous l’impression d’être passée à côté de votre jeunesse ?

Je suis sortie beaucoup moins que mes amis c’est évident. Mais je n’ai pas forcément l’impression d’avoir loupé des choses. Comme j’étais bien entouré, j’ai pu aussi sortir, faire la fête. Je n’ai pas vécu ma maternité comme une fatalité, j’ai des exemples de femmes et mères très fortes dans ma famille, qui ont toujours continué à avoir leur vie de femme tout en étant présentes pour leurs enfants. Le manque d’insouciance et de légèreté de l’adolescence par moment peut manquer, comme quand tu sais que tu ne dois pas rentrer trop tard parce que tu as la baby-sitter, ou que le lendemain ton enfant va te réveiller très tôt. La seule chose que je regrette c’est de ne pas avoir pu encore partir comme d’autres en Erasmus étudier à l’étranger, je pourrai le faire, mais avec un enfant ça serait beaucoup plus compliqué.

Qu’est ce qui a été le plus difficile à vivre pour vous ?

Le plus difficile a été vraiment pour moi le regard réprobateur des gens, se sentir tout le temps jugée, infantilisée, méprisée dans sa vie en plus de devoir réussir à élever correctement un enfant tout en essayant d’être heureuse. C’est la double peine : on est constamment jugé, et très peu accompagné si on n’a pas la chance d’avoir des parents aidants. C’est comme si l’on devait se repentir d’une bêtise, par moment on n’ose même pas avouer nos difficultés par peur d’un regard culpabilisant en mode : « Tu l’avais bien cherché. »

Qu’est ce qui est encore difficile aujourd’hui ?

L’aspect financier, et le temps qui manque quand on aimerait réussir ses études, bien s’occuper de son enfant, avoir une vie sociale… Il y a aussi la surcharge mentale,  parce que l’on doit penser à des millions de choses à la fois. Mais je pense que ça c’est commun à toute les mères. Le confinement par exemple a été très difficile. Être confinée dans un petit espace à Paris, tout en essayant d’être maitresse de CE2 et étudiante en master, et faire face à un nouveau virus qui touche la terre entière, ce n'était pas simple.

La rédaction de La Maison des Maternelles