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« Je ne pensais pas survivre à la grossesse et l’accouchement » : le tabou de la dépression prénatale

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Publié le 09.03.2022 à 10h47 
(mis à jour le 14.03.2022 à 12h02)

Lors de sa 1ère grossesse, Coralie perd pied : crises d’angoisse et insomnies s’installent au quotidien. Elle sombre dans la dépression prénatale.

L’entrée dans la dépression prénatale

Si l’on est de plus en plus informés et attentifs aux symptômes de la dépression du post-partum, la grossesse reste – dans l’imaginaire collectif – une période d’épanouissement total. Pourtant, un état dépressif peut s’installer pendant ces 9 mois, comme cela a été le cas pour Coralie.

Alors que tout se déroule parfaitement durant le premier trimestre de sa grossesse, elle voit apparaître quelques inquiétudes à partir du 4ème mois : son col étant un peu rétréci, elle craint un accouchement très prématuré et limite son activité au minimum. En arrêt et seule chez elle, elle se concentre sur ses contractions de plus en plus fréquentes. Au cours des 5ème et 6ème mois, ses angoisses prennent une toute autre ampleur :

« La journée j’avais des palpitations, des crises d’angoisse, du mal à respirer... Et la nuit j’ai commencé à dormir de moins en moins jusqu’à faire des insomnies quasi-totales : je m’endormais à 5h30 pour me réveiller à 7h ! Et puis j’ai commencé à trembler : mon corps tremblait tout entier pendant des heures. »

Plusieurs fois, Coralie demande à son mari de l’emmener aux urgences pour être rassurée : des séjours rapides durant lesquels on ne lui apporte pas de solution concrète ni de prise en charge psychologique adaptée. Une fois le 7ème mois passé, elle constate que ses peurs, autrefois orientées vers son bébé, se centrent désormais sur elle-même :

« Je ne pensais même plus à mon bébé, je me disais qu’il était assez gros pour survivre. Je me disais plutôt : « Je vais mourir, je ne vais pas survivre à ça, personne ne peut survivre en dormant aussi peu ». Et surtout : « Je ne pourrai pas accoucher, faire cet effort surhumain en étant dans cet état, mon cœur va s’arrêter ». Les pensées négatives et les angoisses se multipliaient. »

Un accouchement en mode « survie »

Déjà trop avancée dans l’angoisse et dans la dépression, Coralie ne parvient pas à être rassurée par son conjoint ou sa sage-femme. Ne sachant plus comment gérer la situation en fin de grossesse, sa gynécologue et son médecin généraliste la poussent à consulter une psychiatre qui lui propose un suivi hebdomadaire. Mais le traitement médicamenteux ne pourra démarrer qu’après la naissance. Coralie vit chaque jour comme une épreuve et arrive épuisée à l’accouchement. La rencontre avec Léon est à l’image de son état :

« Je n’ai eu aucune émotion. J’étais comme un robot. Quand je l’ai eu dans les bras on ne savait pas son sexe, mais je ne me suis même pas demandé si c’était une fille ou un garçon. Je n’ai rien ressenti. Ni soulagement, ni joie, ni tristesse : j’étais neutre. Quand ils l’ont emmené en néonat -car son cœur n’allait pas très bien et il avait de la fièvre- : pareil, je n’ai rien dit, je n’avais aucun sentiment envers lui. »

Encouragée par l’équipe de la maternité, Coralie démarre un traitement 3 jours après l’accouchement pour calmer ses angoisses et sa dépression. Le temps qu’il fasse effet, elle vit une entrée chaotique dans la maternité. Elle revient sur cette période qui est – aujourd’hui encore – teintée d’une forte culpabilité :

« J’allais voir Léon en néonat uniquement parce qu’on m’appelait, j’ai essayé de l’allaiter uniquement parce qu’on m’a encouragée à le faire... À la maison, mon mari l’a pris totalement en charge : je ne dormais toujours pas la nuit, mais je ne me levais pas. Si je m’en occupais c’est que je n’avais pas le choix. »

La découverte d’une maternité apaisée

Peu de temps après la naissance, son mari tire le signal d’alarme auprès de la psychiatre qui modifie le traitement et voit davantage Coralie. Un réajustement salvateur pour cette maman qui découvre enfin un rapport apaisé à la maternité et tisse un lien d’amour avec son fils au cours des deux premiers mois. Elle se projette dans un nouveau projet d’enfant 9 mois après la naissance de Léon :

« J’ai eu quelques craintes au début de ma 2ème grossesse, mais j’ai été bien entourée et je n’ai jamais eu d’autres crises d’angoisse. Je sais que mon corps peut porter un bébé, et j’ai accouché dans un état lamentable donc je peux tout faire en fait ! J’ai réussi à surmonter cette dépression alors que je me croyais perdue : ça m’a donné plus confiance en moi. J’ai vécu 2 grossesses superbes et 2 naissances très douces. »

Coralie est restée sous traitement pendant un peu moins d’un an avant de le diminuer progressivement, et a été suivie par sa psychiatre pendant deux ans. Elle a analysé depuis les causes probables de sa dépression :

« Je suis trop perfectionniste, j’aime tout maîtriser, je suis sensible et anxieuse. Cette 1ère grossesse m’a plongée dans l’inconnu, je ne maîtrisais plus rien et je n’avais pas confiance en moi : dès le départ, je me pensais incapable de porter un bébé 9 mois, de le mettre au monde sans souci. Mais je ne pensais pas que ça irait aussi loin... Passer cette épreuve m’a appris à lâcher prise, à prendre confiance. J’en ressors plus forte. »

La rédaction de La Maison des Maternelles