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« J’avais le sentiment d’étouffer » : les femmes dénoncent le port du masque à l’accouchement

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Publié le 02.10.2020 à 16h35 
(mis à jour le 05.10.2020 à 13h39)

Des femmes, associations et professionnels de santé dénoncent le port du masque pendant l’accouchement. Une situation liée au manque de moyens et d’équipements dans les maternités.

#StopAccouchementMasqué 

Depuis plusieurs semaines, ce hashtag se multiplie sur les réseaux sociaux ainsi, malheureusement, que les témoignages d’accouchements traumatisants. Car depuis le début de la crise sanitaire, en mars 2020, certaines maternités obligent les femmes à porter un masque en salle de naissance, pendant le travail, et pendant la poussée.

C’est ce qui est arrivé à Maud, 30 ans, qui a accouché d’un garçon fin avril à Nanterre :

« Je devais garder le masque pendant l’avancement du travail mais à aucun moment on m’a dit que j’aurai le masque pendant la poussée. C’était horrible. J’avais le sentiment d’étouffer et dans le même temps de ne pas réussir à bien pousser. J’étais très mal oxygénée et j’ai fait une crise de panique. »

Des témoignages comme celui de Maud, Sonia Bisch, porte-parole du Collectif contre les violences gynécologiques et obstétricale en reçoit des dizaines tous les jours. Elle a accueilli avec une grande déception les nouvelles recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), mardi 29 septembre, qui invitent les femmes à porter un masque :

« Nous sommes absolument déçus par le fait qu’ils recommandent le masque pendant la totalité de l’accouchement. C’est vrai qu’ils ne l’imposent pas mais il aurait fallu ne pas le recommander du tout car c’est néfaste pour la santé des femmes. Ça n’est pas protéger la santé des femmes que recommander le port du masque pendant l’accouchement. »

Pas assez de FFP2 pour les soignants

Ces situations sont inadmissibles pour Anna Roy, sage-femme, qui ne comprend pas comment on peut laisser une femme accoucher avec un masque. Cependant elle signale que l’équipe soignante n’est aucunement responsable :

« Il suffit de prendre des masques FFP2, de les donner aux sages-femmes, avec des visières et basta ! Ainsi la maman peut accoucher sans masque et être libre. Car oui c’est de la violence ce qui se passe. Mais elle n’est pas commise par les sages-femmes ou par les gynécologues-obstétriciens. C’est une violence qui est faite par les directeurs d’hôpitaux qui ne fournissent pas le matériel nécessaire aux sages-femmes qui pratiquent les accouchements. »

Ce manque d’équipement dans les maternités françaises fait des victimes : les femmes. Maud, depuis son accouchement, remet en question son désir d’une seconde grossesse. Elle comprend que le personnel médical se protège, mais regrette le manque d’information :

« J’aurais aimé pouvoir en discuter en amont ou qu’on m’en parle pendant les cours de préparation à l’accouchement. On aurait pu essayer de trouver une alternative. Moi on m’a imposé un masque et je n’ai pas eu d’autre choix. »

Sonia Bisch ne cesse, quant à elle, d’alerter les pouvoirs publics qui restent sourds à ses appels. Face à cette situation désespérante, elle ne peut, aujourd’hui, que conseiller les futures mamans : 

« C’est triste d’en arriver là mais si le ministre de la Santé ne fournit pas assez de FFP2 pour les maternités en France, la solution pour que les femmes n’aient pas à porter de masque est qu’elle apporte elle-même des FFP2 qu’elles fourniront aux soignants pendant l’accouchement. »

Elia Dahan