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J’ai perdu le père de mes enfants au Bataclan

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Publié le 07.09.2021 à 16h35 
(mis à jour le 08.09.2021 à 10h34)

En 2015, la vie d’Aurélie, mère de Gary et enceinte de 5 mois, a basculé. Elle témoigne aujourd’hui pour LMDM.

Demain s’ouvre le procès historique des attentats du 13 novembre, avec 1800 parties civiles et plus de 300 avocats. Cette nuit du 13 novembre 2015 à Paris, 130 personnes ont perdu la vie, dont Matthieu, le compagnon d’Aurélie :

« Nous avons appris le décès de Matthieu dans la nuit du 14 novembre. Nous l’attendions depuis plus de 24h. »

Après l’annonce de la mort de Matthieu, Aurélie est sous le choc :

« Tout est devenu irréel. Je me souviens avoir allumé la télé et entendu une voix raconter à propos d'une victime :  "Il avait un enfant de 3 ans et allait avoir une petite fille au printemps". Je me suis dit : "Mon Dieu, sa pauvre femme", alors qu'en fait c'était moi. En réalité mon choc a été tellement grand qu’il m’a plongée dans une sorte de sidération, proche de l’hypnose. »

Mais la réalité rattrape vite Aurélie, qui doit annoncer à son fils la disparition de son père : 

« Je n'ai pas voulu mentir à Gary ni édulcorer la vérité. Je lui ai dit : "Papa est mort" Il s'est effondré, a hurlé, pleuré. Il a tout de suite compris. »

Aurélie était alors enceinte de 5 mois. Elle a vécu la fin de la grossesse sans le papa, et accompagné le deuil de son fils tout en faisant le sien :

« C’est vrai que ça a été très sport et très dur aussi, je devais accompagner le deuil de mon fils, bien différent du mien, et tout ça avec une grossesse à mener à terme. »

Pour ne pas sombrer, Aurélie décide de partir vivre la fin de sa grossesse chez ses parents, à la montagne, avec Gary. Elle se souvient :

« J’ai pris un jour après l’autre. Ne jamais voir plus loin que la fin de la journée. Interdiction de penser à la semaine d’après, à l’anniversaire d’un tel, à noël ou aux prochaines vacances. »

Aurélie contacte une sage-femme. C’est elle qui accompagnera la jeune mère pour son accouchement : 

« J’ai contacté une sage-femme sur place, Laure. Elle est très vite devenue une amie très proche. C’est elle qui est venue me chercher le soir de l’accouchement, elle m’a emmené à la maternité dans sa voiture. C’était un moment d’une intensité folle évidemment, à la naissance de Thelma, c’est aussi beaucoup Matthieu qui a tenu ma main. »

Thelma nait dans la nuit. Cette naissance redonne à Aurélie une force de vivre :

« C’était dense de tout gérer mais en réalité j’ai adoré être débordée par la vie et l’obligation de la dorloter. Je me souviens que je me réveillais la nuit et que je la regardais dormir, épatée qu’on ait réussi toutes les deux à générer autant de beauté dans un contexte si chaotique. »

6 ans se sont écoulés depuis le drame. Aurélie a aujourd’hui refait sa vie, sans oublier de parler régulièrement de Matthieu à Gary et Thelma, qui ne l’a pas connu :

« C’est parfois douloureux, parfois très léger. Ça dépend des jours, ça dépend des histoires aussi. D’une certaine façon Matthieu continue de vivre avec nous. Je le connaissais si bien, je prends parfois des décisions qu’il aurait prises, je dis parfois des choses qu’il aurait dites. Et puis les enfants passent aussi beaucoup de temps chez les parents de Matthieu dont je suis très proche. Ça m’émeut toujours de les savoir dans le cocon où leur père a grandi. Les enfants jouent avec les jouets de Matthieu. »

La rédaction de La Maison des Maternelles