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J’ai fait de mon complexe une force

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Publié le 13.09.2021 à 16h05 
(mis à jour le 13.09.2021 à 17h53)

À 13 ans, Pauline a perdu ses cheveux. Pour LMDM, elle témoigne.

Le collège, une période difficile

À l’âge de 7 ans, on diagnostique à Pauline une pelade, une maladie auto-immune qui lui fait perdre ses cheveux. Mais c'est à 13 ans, en pleine entrée dans l'adolescence, que ses cheveux tombent brutalement :

« En l’espace de quelques semaines, sans savoir pourquoi, toute ma pilosité corporelle, ainsi que mes cheveux, sont tombés. Je me suis retrouvée sans rien, on était démunis. »

Pauline, même si elle est entourée par ses ami.e.s, doit faire face à la malveillance de certains élèves de son collège :

« Il y a eu d’abord les rumeurs, qui disaient que j’avais un cancer, que j’étais contagieuse, que j’allais mourir. On m’arrachait mon bonnet que je mettais pour cacher ma perte de cheveux. On s’amusait à me faire peur, me bousculer, à me faire comprendre qu’il fallait que me taise. Ça s’est vite transformé en harcèlement scolaire, qui a été très compliqué, et qui a instauré ce complexe que je n’avais pas au début. »

Pauline se renferme sur elle-même, parle moins, est de moins en moins souriante. Au-delà de sa maladie, c’est bien le regard des autres qui a complexé la jeune fille, raconte-t-elle :

« Le plus dur était le regard des autres. C’est vrai que perdre ses cheveux ce n’est pas une chose à laquelle on est préparé, à mon âge, et dans une société pareille, où il y a toujours des normes sur le physique, c’est compliqué. Mais je pense que si cela avait été bien accueilli de toute part, des adultes comme des enfants, cela aurait été beaucoup plus simple pour moi. Ça restait juste des cheveux. »

L'espoir d'un nouveau départ

Pauline voit son entrée au lycée comme une nouvelle page à écrire, où elle portera une perruque, et où personne ne saura rien de sa maladie :

« Au fil du temps, je me suis rendue compte que je n’oublierai jamais ce qu’il s’était passé au collège, que j’avais besoin d’en parler. On me proposait des sorties à la piscine, à la fête foraine, que je devais refuser à cause de la perruque mais sans pouvoir me justifier, sans pouvoir parler de ma maladie… Je n’étais pas libre, j’étais obligée de me cacher. »

C’est un voyage scolaire en Finlande, alors que Pauline est en classe de première, qui va tout changer. La jeune fille est aidée par une professeur pour que personne n’apprenne sa situation. Mais Pauline réalise alors qu’elle ne pourra pas se cacher toute sa vie :

« Je me suis dit qu’il n’y aurait pas tout le temps quelqu’un pour m’aider. Je me suis dit qu’il fallait que me je libère, que je redevienne moi-même. »

La libération

Le mois suivant son retour de Finlande, Pauline crée un compte Instagram autour de l’alopécie, pour briser le tabou :

« Je voulais raconter mon histoire, et petit à petit, je me suis libérée, avec des photos de moi sans perruque. Après, j’ai enlevé ma perruque au lycée et ça a été un grand pas, je me suis retrouvée. Ce compte Instagram m’a énormément aidé. »

Même si encore aujourd‘hui Pauline n’a pas chassé tous ses complexes, elle souhaite faire passer un message d’acceptation de soi-même aux adolescents, mais aussi aux adultes :

« Le principal c’est d’être soi-même et de se sentir bien. C’est difficile de se sentir bien dans son corps, bien dans sa tête, dans ses idées, dans une société qui nous rappelle toujours d’être quelqu’un d’autre. Mais quand on apprend vraiment à s’aimer et s’accepter, c’est ça qui est beau ! »

La rédaction de La Maison des Maternelles