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J’ai eu du mal à trouver ma place de père

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Publié mardi dernier à 14h36 
(mis à jour mercredi dernier à 11h48)

Aurèle est devenu papa il y a 21 mois. Une découverte de la parentalité plus déroutante que prévue : le jeune père s'est rapidement senti dépassé.

Un bébé très attendu

Aurèle rencontre sa compagne, Élise, il y a 4 ans. Un an plus tard, ils emménagent ensemble et envisagent d’avoir un bébé, qui s’annonce quelques mois plus tard. Dès le départ, le jeune père est très investi dans la préparation de cette naissance :

« J’étais là pour tous les rendez-vous. J’ai lu beaucoup de livres. Je ne travaillais pas, j’étais totalement focus sur l’arrivée de notre premier bébé. Je n’avais pas peur. On se préparait à l'accouchement à domicile. »

Finalement Élise a dû accoucher à l’hôpital car le terme était dépassé de 7 jours. Après un déclenchement et des contractions toute la journée, Paulette naît le 24 janvier à 22h23, comme se souvient le jeune père :

« J’ai tout de suite regardé si c’était une fille ou un garçon car on ne le savait pas encore, et j’ai dit à Élise : « C’est Paulette ! » Mais là, j’ai vu qu’Élise paniquait, qu’elle n’allait pas bien. Elle perdait du sang. On m’a mis de côté avec Paulette pendant que les équipes s’occupaient d’Élise. Paulette n’avait pas eu sa tétée d’accueil, je voyais qu’elle cherchait à téter, mais elle devait se contenter de son papa. »

Le tsunami de l’arrivée d’un bébé

L’état de santé d’Élise se stabilise rapidement, le jeune couple et leur bébé rentrent à la maison, pensant le plus dur derrière eux. Mais ils se rendent vite compte qu’ils se sont pas au bout de leurs peines :

« Ce n’était pas du tout comme ce qu’on avait imaginé, ça a été une grosse désillusion. On faisait le cododo, Paulette dormait entre nous. La première nuit était terrible, elle pleurait beaucoup. Élise avait mal aux seins avec ses crevasses. J’essayais de la consoler mais j’avais du mal à trouver ma place dans mon rôle de père. Quand je la prenais dans mes bras, elle ne se calmait pas tout de suite, elle se débattait. J’avais du mal à la sentir tendue comme ça. »

Aurèle vit très mal ce sentiment d’impuissance, d’incapacité :

« Je me demandais à quoi je servais, qui j’étais pour elle ? Je me disais que je n’étais même pas capable de m’en occuper, que j’étais nul… Je n’avais pas l’énergie d’en parler à Élise, on était dans un tourbillon. Il y avait la maman d’Élise à la maison, heureusement, qui était là pour prendre le relai et aussi nous rassurer. »

Avec la fatigue et les nuits hachées, le jeune père finit par se sentir à bout :

« Une nuit, j’étais épuisé. Paulette ne voulait pas dormir. Je me suis senti dépassé, je me suis mis à hurler, à dire que je n’en pouvais plus, j’ai tapé dans le mur. Je me sentais incapable de m’occuper de Paulette, de la satisfaire, de retrouver un équilibre. »

Prendre ses marques

Malgré la honte et la culpabilité, Aurèle parvient à parler de ses sentiments et de ses doutes à sa compagne. Ensemble, ils décident de quelques ajustements :

« On a décidé de mettre Paulette dans sa chambre. Ça a été une décision difficile : on était tiraillés entre notre envie de retrouver notre couple, de retrouver nos nuits et la déception de ne pas pouvoir continuer le cododo. Ça a été une très bonne décision. J’ai commencé à retrouver un peu de confiance en moi, dans ma capacité à être père. »

Aujourd’hui, Aurèle, parvient tout doucement à prendre ses marques avec sa fille :

« Je me dit que c’est ça la parentalité. Mon enfant me mettra toujours un peu le doute sur moi même. À la fois je suis un guide pour elle mais elle est certainement un guide pour moi. Paulette m’aide aussi à traverser tout ça, à prendre confiance en moi. Le fait d’en parler aide aussi, et prendre du temps pour soi. »

La rédaction de La Maison des Maternelles