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J’ai été tyrannisée par mon enfant

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Publié le 02.12.2021 à 14h46 
(mis à jour le 02.12.2021 à 15h42)

Marion et son conjoint se sont retrouvés débordés par la violence verbale et physique de leur fille. Harcelés, violentés, effrayés par ses réactions, ils se sont auto-signalés auprès d’un juge pour trouver de l’aide.

Le début de l’emprise 

Marion et son conjoint sont un couple de parents comme les autres : ils ont un cadre éducatif sain et structuré, ne se considèrent pas comme laxistes. Mais malgré tous leurs efforts, leur fille aînée, sujette à des colères explosives et incessantes, a très vite pris le pouvoir à la maison. Cela a démarré dès la crèche : 

« Elle avait un regard noir quand je venais la chercher à la crèche, un regard de haine. Je vivais un enfer quand je la ramenais en voiture : soit parce que la voiture était trop loin, ou que j’étais venue trop tôt. Il y avait toujours quelque chose. En grandissant, elle a commencé les rituels : je ne pouvais pas couper le moteur de la voiture avant la radio. Si je faisais dans le mauvais ordre je devais le rallumer ou elle refusait de sortir. La prise de pouvoir a commencé sur des choses du quotidien. »

La petite fille se mettant dans des états incohérents par rapport à des choses anodines, elle est continuellement en colère, irritée et irritable. Le pédiatre ne perçoit pas les appels de détresse de Marion et met cela sur le compte du « terrible two ». Pour avoir quelques minutes de répit quotidien, Marion et son conjoint commencent à lâcher sur de petites choses… qui prennent vite une ampleur ingérable : 

« Plus tard, elle commence à avoir des TOC sur le langage : on n’avait pas le droit d’utiliser certains mots, il fallait construire les phrases d’une certaine façon. On devait répéter la phrase qu’elle voulait. Tant qu’on ne le faisait pas, elle nous suivait, nous harcelait. Je m’enfermais dans ma chambre et elle restait derrière la porte. »

Le climax de la violence

À 6 ans, la petite fille est diagnostiquée HPI (Haut Potentiel Intellectuel) mais cela n’explique pas tout : le quotidien de Marion est devenu un enfer, elle marche sur des œufs tout le temps avec sa fille. Vers 7 ans, sa fille passe à la violence physique :

« Elle s’en prenait beaucoup à moi, elle m’arrachait des poignées entières de cheveux : j’avais des hématomes sur le crâne. Elle ne lâchait pas, rien ne l’arrêtait quand elle était en crise. Je la suppliais de me lâcher. Si elle basculait vraiment, elle pouvait prendre un couteau et nous menacer. Si je rangeais le linge sans lui avoir demandé la permission, elle ressortait tout et crachait dessus. »

Les jeunes parents consultent tous les thérapeutes possibles, sans succès, puisque leur fille n’a ces comportements qu’en privé au sein de la cellule familiale. Honteux d’être sous l’emprise d’une enfant, ils s’isolent dans le secret et font hospitaliser leur fille à plusieurs reprises lorsqu’ils n’en peuvent plus. Mais en 2018, alors qu’elle a 11 ans, son petit frère leur envoie un signal d’alarme impossible à ignorer : 

« Elle était très dur avec lui, elle lui disait qu’il ne méritait pas de vivre, qu’il ne valait rien. Un jour, il avait 8 ans, il s’est mis sur le rebord de la fenêtre en disant : « Je veux mourir » On a eu un électrochoc et on s’est auto-signalé auprès d’un juge : notre famille est en danger. Pourtant on savait que c’était risqué, on aurait pu nous retirer la garde de notre fils, mais on est tombé sur une super équipe de l’Aide Sociale à l’Enfance qui nous a vraiment accompagnés. »

La prise en charge de l’enfant « tyran » et des troubles associés

Parallèlement à ce signalement, Marion et son conjoint rencontrent enfin des médecins à même de diagnostiquer les troubles de leur fille et d’apporter des solutions concrètes à cette famille en détresse : l’équipe de la pédopsychiatre Nathalie Franc, au CHU de Montpellier, qui prend en charge les familles victimes d’un enfant dit « tyrannique » : 

« Après 10 ans de solitude on a déculpabilisé, on a su qu’on n’était pas fous ni seuls, que notre fille avait des troubles pour lesquels on n’aurait rien pu faire. On a eu des clés concrètes à mettre en place au quotidien, ainsi qu’un traitement médicamenteux pour notre fille. »

Souffrant de troubles divers (TDAH, HPI, TOP, dérégulation émotionnelle, troubles anxieux…), la fille de Marion a enfin pu être prise en charge. Pour l’équilibre de la famille, elle est partie en internat et rentre uniquement le week-end. Si tout n’est pas réglé aujourd’hui, les relations familiales sont néanmoins plus apaisées :

« Le traitement et la méthodogie sont des outils formidables, mais à un moment il y a besoin d’un éloignement. C’était nécessaire pour elle et pour nous, qu’on reprenne nos esprits. Ça lui a fait du bien, ça lui permet d’être confrontée au quotidien à ses troubles., de se rendre compte qu’elle a des difficultés à vivre avec et de contribuer elle aussi à recevoir du soin. Aujourd’hui, ça va un peu mieux. On a vécu des traumatismes. On est fiers d’elle, c’est une petite fille très courageuse. On reconstruit petit à petit une relation. Elle retrouve une vie à peu près normale, avec ses troubles. Elle danse, elle écrit. On retrouve des moments complices en famille et on va vers de l’espoir et de la joie. »

Marion a créé une association venant en aides aux parents concernés : l’association « R.E.A.C.T » : Réagir face aux Enfants et Adolescents à Comportement Tyrannique.  

La rédaction de La Maison des Maternelles