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J’ai découvert que j’avais été kidnappée à la naissance

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Publié le 23.03.2022 à 15h24 
(mis à jour le 25.03.2022 à 10h22)

Adoptée à 11 mois au Guatemala, Coline découvre, 30 ans plus tard, qu’elle a victime d’un d’un trafic d’enfants.

Lever le secret

Coline (Mariela de son prénom de naissance) a toujours su qu’elle avait été adoptée, en 1986, pendant la guerre civile qui déchirait le Guatemala. Ses parents belges étaient eux-mêmes convaincus que sa mère biologique l’avait abandonnée. À 31 ans, alors que Coline est elle-même devenue maman, une discussion avec sa fille Eva réveille le passé :

« Elle m’a dit : « Tu ne connais que le ventre de ta maman, tu ne sais pas qui elle est. Mais moi, un jour je veux aller au Guatemala avec toi ». Cette phrase qui lui paraît anodine me transperce le cœur. Je lui ai dit : « Si j’y retourne ce sera pour retrouver ma maman ». Et à ce moment-là ça devient clair pour moi : je veux la retrouver. »

Coline commence à traduire son dossier d’adoption et y repère différentes incohérences. Elle démarre alors une véritable enquête, contacte des associations, un journaliste franco-hondurien ayant écrit sur le trafic d’enfants au Guatemala... et comprend finalement qu’elle fait sûrement partie de ces enfants volés :

« Je pense avec le recul que j’étais dans un état de sidération qui a duré longtemps, même si je ne m’en suis pas rendue compte sur le coup. Je me vois encore dire « ce n’est pas possible » ! »

Le retour aux origines

En parallèle, Coline part à la recherche de sa mère biologique sur les réseaux. Le 30 novembre 2017, un profil Facebook attire son attention : le prénom correspond, leur ressemblance est frappante, et cette femme publie chaque année le 7 novembre une image symbolisant la perte d’un enfant… Une date qui apparaît sur l’attestation de naissance de Coline. Elle finit par réussir à entrer en contact avec elle :

« Elle m’a écrit : « Mon bel amour, je crois que je suis ta maman. Crois-moi que mon cœur est en train de s'arrêter. Ils m’ont fait croire que tu étais morte ». Puis il y a l’appel vidéo : elle m’a vue et elle a crié, pleuré, s’est tirée les cheveux, elle souffrait tellement... Pour elle ça n’était pas possible ! C’était juste inhumain, terrible. »

Un choc pour Coline qui doit maintenant annoncer à ses parents adoptifs qu’ils sont – sans le savoir – partis du Guatemala avec une enfant volée. Elle entreprend ensuite son premier voyage dans son pays d’origine pour rencontrer sa mère de naissance, ses frères et ses sœurs. Des retrouvailles qui ont lieu le 31 janvier 2018 à l’aéroport de Guatemala City :

« La première étreinte était avec ma maman : c’est un moment figé dans le temps, dans mon cœur et même dans mon corps. Je peux encore ressentir les sensations de ce jour-là. C’était fou d’être dans les bras de quelqu’un qu’on ne connaît pas et de se sentir plus proche d’elle que de n’importe qui au monde. C’était beau mais aussi extrêmement douloureux pour moi. »

Durant ce voyage, Coline en apprend plus sur les circonstances de sa naissance et de son enlèvement. Elle et sa mère, Lorena, sont hospitalisées pour une forte fièvre. Lorena s’inquiète qu’on ne lui amène plus son bébé pour l’allaiter. On lui explique alors que sa fille – dans un état critique – a été transférée en néonatologie dans un autre hôpital. Une fois sur place Lorena apprend qu’aucun nouveau-né de ce nom n’a été transféré ici. Elle retourne au 1er hôpital, on est alors le 7 novembre 1986 : on lui annonce que sa fille est décédée et - la famille n’étant pas présente – qu’elle sera enterrée dans une fosse commune, sous X.

Se reconstruire et réclamer justice

Depuis, Coline a pu rencontrer d’autres enfants adoptés au Guatemala à la même période. Elle a appris grâce à cela les conditions dans lesquelles elle a vécu pendant ses 11 premiers mois de vie au Guatemala : attachée à un lit, laissée sans soins toutes les nuits. Des maltraitances qui expliquent certaines séquelles de Coline :

« Par exemple c’est insupportable pour moi de dormir avec une couverture sur les pieds (qui ont été trop longtemps attachés). Et petite, je cachais de la nourriture dans mon lit et je ne pleurais jamais : au Guatemala la nuit les biberons des petits étaient calés dans les traversins et ça ne servait à rien de pleurer : personne ne venait. »

Coline a porté plainte, l’affaire est toujours en cours : une procédure internationale qui – elle l’espère - fera bouger les choses. Elle a également créé la Fondation Racines Perdues qui accompagne la recherche des adoptés au Guatemala et se bat pour que les procédures d’adoption au niveau mondial soient plus transparentes.

Aujourd’hui, Coline va mieux même si elle est toujours accompagnée psychologiquement par une spécialiste en chocs post-traumatiques. Ses parents adoptifs et biologiques ont pu avoir des contacts virtuels, mais elle n’est pas encore prête à organiser leur rencontre :

« Je ne sais pas si un jour ce sera possible. En tout cas ça me paraîtrait très compliqué que mes parents adoptifs aillent au Guatemala, où personne ne m’appelle Coline... Peut-être que ça sera plus facile que ma famille du Guatemala vienne en Belgique… »

Elle a publié Maman, je ne suis pas morte aux éditions Kennes : un livre poignant qui retrace son histoire et qu’elle signe de ses deux noms, Mariela SR/Coline Fanon.

La rédaction de La Maison des Maternelles