france.tv

J’ai choisi d’être famille d’accueil

6 min de lecture
Publié le 21.01.2022 à 11h52 
(mis à jour le 21.01.2022 à 14h22)

Depuis 12 ans, Jennifer est assistante familiale. Elle accueille chez elle des enfants placés par l’aide sociale à l’enfance pour les aider à se reconstruire avec des repères et de l’affection.

Des enfants malmenés par la vie

À 28 ans, Jennifer, maman de deux jeunes enfants, décide de changer de métier pour devenir assistante familiale. Après une formation, elle obtient son agrément et très rapidement, on lui confie un premier enfant. Un véritable baptême du feu, comme nous le confie cette jeune mère de famille :  

« C’était un bébé de 6 mois qui avait subi une grande maltraitance. Il n’avait pas un os qui ne soit pas cassé. À sa sortie de l’hôpital, ce petit bébé avait des plâtres partout et il avait besoin de beaucoup de soins. Il ne pleurait pas, il se faisait oublier. Dès qu’il émettait le moindre petit cri, j’accourais pour lui montrer que j’étais là pour lui. Je le portais beaucoup. J’essayais d’accrocher son regard. Ça a été un long travail pour reconstruire cet enfant. Mais ça a porté ses fruits. Aujourd’hui, il n’a aucune séquelle physique. »

La plupart du temps, ces enfants sont placés par la justice car ils sont considérés en danger. Au-delà des soins et de l’affection, le rôle de l’assistante familiale est aussi de reprendre leur histoire avec eux pour qu’ils comprennent la raison de leur placement, comme en témoigne Jennifer :

« Les enfants connaissent leur histoire. Ils savent pourquoi ils sont en famille d’accueil. Je fais toujours un rappel de la loi en expliquant que c’est interdit de frapper un enfant, que les juges sont là pour sanctionner ceux qui enfreignent la loi. On ne peut pas effacer ce qu’ils ont subi mais on peut leur faire voir une autre façon de faire.Je ne juge jamais les parents. On explique aux enfants qu’on fait équipe avec eux, que si leurs parents ne peuvent s’occuper d’eux en ce moment, ils ont une place, ils les aiment, et que leur amour et le mien, sont différents mais complémentaires. »

Une incidence sur toute la famille

Lenny et Collyne, les enfants de Jennifer n’ont que 4 et 2 ans lorsque leur mère devient famille d’accueil. Un métier qui va engager toute sa famille : 

« Avant d’obtenir mon agrément, tous les membres de la famille ont été vus par les services. Toute la famille est passée au crible quand on décide de devenir famille d’accueil. Toute notre vie est regardée sous toutes ses coutures. À l’arrivée du premier bébé placé, j’ai tout de suite associé mes enfants. À 2 ans, ma fille donnait son premier biberon sur mes genoux. Les enfants sont très heureux et fiers d’aider. On fait équipe. C’est pour cela qu’on s’appelle une famille d’accueil. »

Ses propres enfants et les enfants placés sont élevés de la même manière et les règles sont les mêmes pour tous. Mais, il y a toute de même quelques différences, comme nous l’explique Jennifer : 

« Par exemple, quand mes enfants ont un souci de santé, je suis broyée, j’ai mal au ventre et je suis incapable de réagir. Alors qu’avec les enfants qui me sont confié, je suis inquiète mais j’arrive à réagir facilement, à savoir exactement ce qu’il faut faire. Je ne leur ai pas donné naissance. Ils ont une famille. Il faut toujours avoir ça à l’esprit. »

Si les premières années, Jennifer a surtout accueilli des bébés ou des très jeunes enfants, il y a 7 ans, c’est une adolescente de 15 ans qui est arrivée dans la famille. Dès le départ, on leur décrit une ado qui avait mis en péril beaucoup de familles d’accueil et de foyers, mais l’assistante familiale accepte de prendre le risque : 

« Je ne juge pas sur un compte rendu. J’ai donc demandé qu’on ne m’en dise pas plus. On verrait avec la rencontre, ça matchera ou ça ne matchera pas ! Cette jeune fille était en échec scolaire. Pour lui montrer qu’elle valait quelque chose, il fallait qu’elle soit mise en situation de réussir. Comme elle était très attirée par les bébés et les jeunes enfants, on l’a orientée vers un BEP petite enfance puis un BTS. Ça a marché. Réussir, ça l’a aidée. Aujourd’hui, elle a 22 ans, elle fait des études pour être éducatrice spécialisée. »

Un bout de chemin ensemble et des départs déchirants

Ce métier ne peut pas se faire sans amour. Jennifer prend soin, élève ces enfants placés comme ses propres enfants pendant des années. Entre les frères et sœurs de cœur, il y a aussi des liens d’attachement très fort et quand sonne l’heure du départ, c’est un déchirement comme nous l’explique Jennifer :

« Sans lien d’amour, un enfant ne peut pas se construire. Les départs sont souvent déchirants pour tout le monde. Le premier bébé qu’on a accueilli, est resté chez nous 6 ans. Son départ a été difficile pour tout le monde. Une autre fois, on a eu un enfant pendant des années qui a été mis à l’adoption. Ma fille souhaitait qu’on l’adopte. Il a fallu en parler avec elle, lui expliquer : « pourquoi on adopterait celui-ci et pas un autre ? », « Si on adopte celui-ci, on s’arrête quand d’en adopter ? » On n’est pas là pour ça. On est là pour les accompagner pendant un bout de chemin et les pousser vers leur projet de vie. On le sait dès le départ et on s’y prépare. La veille, on fait toujours une fête.Mais quand ils partent, on pleure. On digère et on recommence. »

Malgré les difficultés et les départs déchirants, Jennifer ne regrette pas son choix. Pour elle, c’est un travail qui en vaut la peine et qui a aussi eu un impact positif sur ses propres enfants : 

« Ça a apporté beaucoup à mes enfants. Ma fille aime beaucoup s’occuper des enfants. Si elle a été peinée de savoir très jeune, qu’il pouvait y avoir des parents défaillants et des choses gravissimes faites à des enfants, aujourd’hui, elle en a fait une force. Ça lui a donné une vocation. Elle souhaite travailler avec les enfants, devenir pédiatre ou puéricultrice. Elle veut aider les enfants à bien grandir. Ça lui a apporté une ouverture d’esprit, de l’empathie.Quant à mon fils, qui est autiste, avoir tous ces enfants autour de lui, ça l’a boosté. Toute cette stimulation l’a aidé sur le plan moteur et a fait qu’il n’a aujourd’hui qu’un autisme léger. Aider d’autres enfants, ça l’a fait grandir. »

La rédaction de La Maison des Maternelles